Orphée

Entre ~-1650 av. J.-C et -1350 av. J.-C – Grèce antique

Orphée est la plus haute figure du génie hellénique. 

 

François Brousse

La Coupe d’Ogmios, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1993, p. 16

 

 

Orphée, prophète celte

La tradition celtique a marqué l’histoire d’une pourpre éblouissante. Les grands peuples civilisateurs sont ses rejetons. Elle a jeté ses prodigieuses semences sur la Grèce, l’Italie, la Gaule, l’Irlande, l’Écosse, la Bretagne antique. Elle a donné au monde le sens de l’univers. Ce sont les stoïciens qui, les premiers, conçurent l’humanité comme un immense organisme vivant, englobant tous les peuples dans sa souveraine unité.

La civilisation celtique apporta aussi le culte de la science, la recherche ardente et patiente de la vérité, de l’impétueuse liberté. Les Celtes ont amassé le trésor spirituel de l’univers.

Leur prophète essentiel est Orphée aux yeux sereins, dont la lyre domptait la rage des lions et forçait les pierres émues à bâtir des métropoles.

Ils ont conservé le souvenir de l’âge d’or, où les dieux vivaient parmi les hommes ; mais ils travaillaient plus ou moins consciemment à établir une ère d’intelligence et d’amour.

François Brousse
La Coupe d’Ogmios, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1993, p. 34-35

Vers l’année 1486 avant J.-C., Orphée créa une nouvelle religion,

basée sur l’évolution des âmes et l’amour de la souveraine beauté.

La formule fondamentale, axe de diamant de la doctrine, se résume en ces paroles du disciple d’Orphée, le poète Musée :

Tout en définitive est sorti de l’Un et tout se résout en l’Un.

C’est l’aspir et l’expir de Brahma, le Souffle divin qui, en s’exhalant,

forme les milliards de galaxies scintillantes et, en revenant, dissout les univers dans le sein de l’Être incréé. 

François Brousse
Thot Hermès le prince de l’éternité, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2010, p. 110 

 

Orphée et les Argonautes

Pour apprendre aux hommes les chemins de la délivrance, Dionysos l’immortel s’est incarné dans un corps mortel. Il naquit en Thrace, patrie des étranges mystères et s’appela Orphée, c’est-à-dire lumière.

Les sons de sa lyre charmaient l’univers. Les bêtes féroces l’entouraient de leurs mufles soumis. Les arbres arrachaient leurs racines de la terre profonde pour suivre le grand enchanteur. Il conduisit l’expédition des Argonautes à la conquête de la Toison d’Or. Cette Toison d’Or est la haute science astrologique possédée par les sanctuaires secrets de l’Est, héritiers de la sagesse atlante. Les Argonautes constituaient le cercle occulte des disciples d’Orphée. Il nomma cette sphère initiatique Argo, les cent prunelles au regard rapide. Il leur dispensa ses enseignements et ses pouvoirs.
Il leur apprit à fixer au fond des mers subconscientes, par les chants sacrés, les Symplégades, terribles roches mouvantes, fanatismes et violences qui bouleversent l’âme des néophytes. Il vainquit pour eux la fascination redoutable des sirènes, aux voix ensorcelantes, oiseaux-femmes qui habitent les premières zones de l’invisible. Le dragon qui garde la Toison d’Or, le serpent de feu dont le réveil incontrôlé peut générer des catastrophes humaines et terrestres, le reptile astral aux plis innombrables, fut apaisé par la lyre du maître.

Ayant dompté les symplégades, les sirènes et le dragon, Orphée reçut l’initiation des cycles de l’univers étoilé, dans la crypte des communautés ésotériques fondées par Rama-Osiris. C’est pourquoi l’on dit que le navire Argo, transporté dans le ciel, devint une constellation.

 

Orphée et Eurydice

Orphée aima passionnément une femme de beauté inexprimable : Eurydice, la dispensatrice du bonheur. Mais elle mourut dans la fleur aurorale de sa jeunesse, piquée par un serpent.

Le grand initié, au milieu d’effroyables tourments, réussit à se dédoubler volontairement. Son âme visita les profondeurs lugubres du royaume des morts. Elle vit le fantôme d’Eurydice, mais ne parvint pas à ressusciter la bien-aimée disparue. Néanmoins, à partir de cet instant, l’ombre d’Eurydice accompagna les pas d’Orphée. Le nouveau prophète sentait autour de lui sa compagne invisible, sa radiante inspiratrice.

Le vivant et la morte répandirent la religion de Dionysos parmi les Celtes farouches de l’Europe méridionale, ainsi que parmi les peuplades des îles méditerranéennes. Le couple immortel allait à la conquête des âmes, dans une atmosphère d’apothéose.

Orphée apprit aux hommes comment l’esprit universel comprend des énergies sans nombre, conscientes, dont chacune prend un nom magique, où se résume sa secrète splendeur.
Il écrivit et propagea des livres au sens vertigineux, dont les neuf principaux s’appellent : La Théogonie, La Cosmogonie, L’Art divin, Les Mystères, La Vie après la Mort, Les Trois Victoires, Les Secrets d’Argo, Le Voile et le filet des Âmes, la Sphère de l’univers.

La tête d’Orphée

Mais les prêtresses du Bacchus terrestre à tête de taureau, les gardiennes de l’ancienne religion exotérique, se dressèrent contre le doux inspiré.

Un piège atroce lui fut tendu. Il expira sous les coups furieux des Bacchantes. Il mourut pour le salut des esprits enfermés dans les corps éphémères.

Sa tête et sa lyre furent jetées dans l’Èbre, dont les flots respectueux portèrent noblement les débris sacrés jusqu’à Lesbos. L’amour des choses éplorées compensa la cruauté des prêtresses. Un dernier flot fixa la tête divine dans une fissure du rocher. Alors, devant l’immensité des mers, les lèvres blêmes s’animèrent et prononcèrent des oracles immortels.

 

La lyre d’Orphée repose dans un temple de Lesbos, telle un aigle endormi. Elle attend le futur roi de l’esprit qui fera résonner, sous ses mains de mage et de géant, les merveilleuses cordes où frissonne l’harmonie des étoiles.

François Brousse
Thot Hermès le prince de l’éternité, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2010, p. 113-115

 

Orphée, après avoir mené ses disciples, les Argonautes, jusqu’aux temples de la sagesse hindoue, alla subir les épreuves de l’initiation d’Hermès dans
le cœur glorieux et caché de la Pyramide.

C’est pourquoi les révélations du Sphinx et de la Lyre
sur les secrets
de la mort sont curieusement parallèles.

François Brousse
Thot Hermès le prince de l’éternité, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2010, p. 117 

LA DÉLIVRANCE DE PROMÉTHÉE

I. Un jour pourtant, la plus haute pensée de Dionysos s’incarnera sur la terre pleine de ténèbres.

II. Cette pensée aura la forme d’un adolescent lumineux, ceint d’une lumière immortelle, et portant dans ses bras une lyre aux sept cordes d’or.

III. Ce sera le triomphant lutteur de l’infini, le maître des rythmes et des mystères, le pensif Orphée.

IV. Aux sons de la lyre merveilleuse, les chaînes de Prométhée fondront comme la neige quand se lève un soleil brûlant et l’aigle monstrueux deviendra une Déesse immortelle, aux ailes de libellule.

V. Aux sons de la lyre merveilleuse, Prométhée se lèvera et montera dans l’empyrée étincelant, par une vaste échelle de nuages, où ses pas laisseront d’énormes traces de foudre.

VI. Aux sons de la lyre merveilleuse, il rentrera dans les palais miraculeux de l’éther et s’assiéra parmi les Dieux réconciliés, sur un trône d’astres, entre Zeus aux trois yeux et l’impénétrable Proserpine.

VII. Alors le grand Orphée calmera la douleur du monde ; il changera la férocité des hommes, abolira les meurtres et les guerres, civilisera les animaux hurlant ; et les sons de sa lyre merveilleuse verseront la sagesse, la justice, le bonheur à tous les peuples de la Terre, unifiés enfin dans l’étreinte des éblouissements.

François Brousse
Orphée au front serein, Clamart, Éd. La Licorne Ailée,  1984, p. 21

C’est en quelque sorte à travers Orphée

qu’on découvre la connaissance ultime.

François Brousse
Conf. « Le Symbolisme du Graal », Paris, 19 nov. 1993

Orphée apportait une doctrine admirable et pure dont je vais vous donner quelques extraits […], un texte orphique parmi ceux qui nous ont été plus ou moins conservés. Il se trouve dans Les Grands Initiés (1) :

Je vais te révéler le secret des mondes
L’âme de la nature, l’essence de Dieu
Écoute d’abord le grand Arcane.
Un seul être règne dans le ciel profond et dans l’abîme de la Terre
Zeus tonnant, Zeus éthéré
Il est le conseil profond, la haine puissante et l’amour délicieux.

C’est le Dieu cosmique, le Dieu de la dualité.

Il règne dans la profondeur de la Terre et dans la hauteur du ciel étoilé :
Souffle des choses, feu indompté, mâle et femelle,
Un roi, un pouvoir, un dieu, un grand maître.

Ce sont les textes même des hymnes orphiques.

Jupiter est l’époux et l’épouse divine, homme et femme, père et mère ; de leur mariage sacré, de leurs noces éternelles sortent incessamment le feu et l’eau, la terre et l’éther, la nuit et le jour, les fiers Titans, les dieux immuables et la semence flottante des hommes ; les amours du ciel et de la terre ne sont pas connus des profanes ; les mystères de l’époux et de l’épouse ne sont dévoilés qu’aux hommes divins.

Il y a ici le commencement de ce que l’on pourrait appeler la recherche de l’androgynat car l’Androgyne éternel, c’est Dieu qui est à la fois père et mère, homme et femme, et il y a des amours ineffables qui s’échangent entre les deux parties de la divinité.

Mais je veux déclarer ce qui est vrai ; tout à l’heure, le tonnerre ébranlait ce rocher, la foudre y tombait comme un feu vivant, une flamme roulante et les échos des montagnes en mugissaient de joie, mais toi, tu tremblais ne sachant d’où vient ce feu, ni où il frappe ; c’est le feu mâle, semence de Zeus, le feu créateur, il sort du cœur et du cerveau de Jupiter, il s’agite dans tous les êtres. Quand tombe la foudre, il jaillit de sa droite, mais nous, ses prêtres, nous savons son essence, nous évitons et quelques fois nous dirigeons ses traits.

Car effectivement, par la puissance magique, on peut agir. Je vous ai parlé tout à l’heure de la télépathie. On peut agir sur les animaux, On peut agir sur les humains, on peut agir sur les éléments. Vous pouvez, si cela vous fait plaisir et si vous êtes suffisamment initiés, arrêter quand vous voulez la pluie et déclencher quand vous voulez des orages, c’est une des possibilités, des pouvoirs des véritables initiés. Ils ne s’en servent que lorsque c’est totalement nécessaire car les miracles ne servent à rien. Je peux dire que les plus grands miracles passent inaperçus.

Et maintenant, regarde le firmament, vois ce cercle brillant de constellations sur lequel est jetée l’écharpe légère de la Voie lactée, poussière de soleils et de mondes.
Vois flamber Orion, scintiller les Gémeaux et resplendir la Lyre. C’est le corps de l’épouse divine qui tourne dans un vertige harmonieux sous les chants de l’époux.
Regarde avec les yeux de l’esprit et tu verras sa tête renversée, ses bras étendus et tu soulèveras son voile semé d’étoiles.
Jupiter est l’époux et l’épouse divine, voilà le premier mystère.

Voilà le premier mystère d’Orphée et effectivement, il était capable de faire ce qu’il attribuait aux prêtres de Jupiter. Sa légende nous conte comment il domptait les fauves, les animaux féroces. Au son de sa lyre, les tigres et les lions venaient lui lécher humblement ses pieds. C’est peut-être exagéré mais cela traduit bien la puissance de l’initié sur tous les êtres de la Terre, les êtres vivants et aussi les êtres inertes.
D’après la connaissance des vibrations, Orphée était paraît-il capable de construire des villes. La ville de Thèbes, par exemple, aurait été construite par lui, au son de sa lyre. Je pense qu’il y a une vérité profonde dans cela ; les vibrations ont une puissance prodigieuse, nous pourrions anéantir la Terre par l’augmentation permanente des vibrations.[…]

Il a également découvert le dédoublement et là, l’histoire d’Eurydice est très nette. Il est allé dans la profondeur de l’abîme, du séjour des morts, en corps astral sans doute, et il a essayé de ramener à la vie l’âme d’Eurydice qu’il aurait pu ressusciter de cette manière-là. Quant à lui, il était mort et ressuscité parce qu’il était sorti de son corps, c’est une véritable mort, et il était rentré ensuite, c’est une vraie résurrection. Il avait voulu aboutir à une résurrection, Il n’y est pas parvenu mais enfin, on dit que c’est parce qu’il n’a pas été capable de s’empêcher de regarder l’âme de la morte qui le suivait, c’est une interprétation affective et amoureuse du mythe, mais c’est un peu vrai. Il faut être le maître absolu de toutes ses émotions pour être capable de ramener quelqu’un de la mort à la vie. Il a ressuscité des morts lui aussi. Je dis que c’est un travail que presque tous les mages arrivent à faire. […]

Ensuite on a attribué à Orphée la possibilité de délivrer Prométhée ; Prométhée  c’est toute l’espèce humaine, c’est le géant primitif qui a apporté toutes les sciences physiques et métaphysiques à l’humanité et il est devenu le symbole même de l’esprit humain et cet esprit humain a été délivré par Héraclès selon les uns et par Orphée selon les autres. C’est Orphée qui représente par conséquent l’amour, la sagesse et la beauté qui délivreront les êtres humains enfermés dans leur ignorance, dans leur violence, dans leur peur et dans leurs doutes.

(1) – SCHURÉ Édouard, Les Grands Initiés: esquisse de l’histoire secrète des religions, 1881

François Brousse
Conf. « Les grands initiés d’Occident », Montpellier, 1er nov. 1986

L’âme d’Orphée 

Le Mélès murmurant glisse en baisant ses rives,
Ses flots harmonieux et ses vagues plaintives
Coulent légèrement comme un soupir d’amour,
Les grands arbres penchés dont les ombres s’allongent
Agitent par moments leurs feuillages qui plongent
À l’eau pleine de jour.

Sur la prairie en fleurs, une fille couchée
Se tordait dans les feux d’une douleur cachée,
C’était l’enfantement qui la prenait au sein
Elle se retournait et les fleurs écrasées
Remplissaient de parfums, de feuilles, de rosées
Son corps jeune et divin…

La veille cependant à plus de mille lieues,
Dans une île perdue au fond des vagues bleues
Orphée était venu chanter l’hymne au Dieu bon,
Au Dieu sublime et bon que devinait Orphée ;
Et les chênes pensifs, et le vent par bouffée
Répétaient sa chanson.

Et les lions puissants, les panthères agiles,
Les souples léopards et même les reptiles
Sortaient du fond des bois pour écouter encor.
Le poète inspiré d’une extase divine
Faisait, en caressant la corde cristalline, 
Vibrer la lyre d’or.

 

Mais, parmi les raisins, les sauvages Bacchantes 
En entendant ce chant, ces voix éblouissantes
Qui célébraient un Dieu maître de tous leurs dieux,
Entrèrent en fureur et se précipitèrent
Contre l’adolescent et, tout à coup, brisèrent
L’instrument précieux

Et, de leurs thyrses durs, tuèrent le poète,
Son corps fut déchiré, l’harmonieuse tête
Fut jetée aux flots froids d’un fleuve avoisinant,
Le fleuve la porta jusqu’à son embouchure
Et la vague des mers porta la tête pure
Au Mélès murmurant

La tête intelligente entra dans la rivière,
Glissa sur les flots clairs allant en sens contraire
Et s’arrêta soudain tout à côté des fleurs…
La fille avait laissé, de sa matrice ouverte,
Rouler un bel enfant près de l’eau bleue et verte
Glissant comme des pleurs

Et le crâne d’Orphée, encor plein d’harmonie,
Sur le front de l’enfant exhala son génie
Et le frais nouveau né riait sous le baiser
Et la tête venue au dos de l’onde amère
Cette tête d’Orphée, elle avait embrassé
Le front du jeune Homère.

François Brousse
Fantaisies, Clamart, Éd La Licorne Ailée, 2000, p. 35-36

Orphée est le plus ancien des initiés d’ordre européen.

Pourquoi ? À quelle époque a-t-il vécu d’abord ? Il a été très difficile de le savoir mais on peut classer, d’après certaines traditions, sa vie à l’intérieur du monde égyptien, c’est-à-dire vers 1350 av. J.-C.

Il est probable qu’il était un grand initié des abîmes du monde égyptien ; il a connu l’Égypte et notamment Moïse et sans doute Akhenaton, il a réussi à passer vingt-deux initiations à travers laquelle il semblerait qu’il ait connu le secret des rythmes.

La légende le représente en train de construire une ville aux sons de sa lyre et en effet, les pierres sortaient du fond des abîmes et venaient, obéissant aux accents de la lyre, édifier une ville immortelle. Ce fut la ville de Thèbes. Cette idée n’est pas uniquement une légende, il est possible grâce à la puissance de certaines vibrations d’aboutir à déplacer des masses gigantesques […].

Orphée connaissait sans doute tout cela. Il y a également un autre élément nouveau dans sa légende, c’est qu’il était mort et ressuscité. Il a pénétré dans le royaume des morts – ce qui est extrêmement joli – et qui est très exactement ce que l’on demande à l’initié. L’initié sort de son corps, en forme astrale, et va visiter le monde des morts. […]

C’est ce problème du dédoublement que l’on voit apparaitre notamment dans la mort et la résurrection d’Orphée. Il a pénétré dans la profondeur des abîmes où, grâce à sa lyre, le chien des enfers l’a laissé passer ; et le dieu des enfers – suivant la légende – a été charmé et il lui a permis de ramener au jour la femme qu’il aimait, Eurydice, morte des suites des morsures d’un serpent. Tout ceci est assez mystérieux et symbolique. Mais il avait promis une chose, c’est qu’il ne devait jamais se retourner jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à la demeure des vivants. Malheureusement il n’a pas pu se retenir ; il s’est retourné et à ce moment-là l’âme limpide d’Eurydice disparut à jamais.

Que signifie cette légende ? Eurydice kabbalistiquement pourrait vouloir dire : « celle qui apporte le bonheur par ses paroles ». Eurydice pourrait donc être son âme supérieure, son âme divine qu’il a charmée avec le son de sa lyre, mais comme il n’était pas le maître de son être purement astral, le fait de se retourner est assez curieux parce que lorsque vous contemplez un phénomène dans le plan astral, il est inversé. Alors, n’étant pas le maître de son plan astral, il n’a pas pu réaliser absolument la parfaite maîtrise du dieu et de l’homme qui est le propre du grand initié.

François Brousse
Conf. « L’enchanteur Merlin », Paris, 13 déc. 1988

Orphée est le maître des mystères de l’Antiquité,
le maître, en quelque sorte, de toutes les initiations.  

François Brousse
Philosophies, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2011, p. 447

Il y a deux Orphée

[…] Celui qui est apparu à l’époque de Cécrops, c’est-à-dire vers 1650 av. J.-C. C’est sans doute le plus grand.

Il avait la possibilité, grâce à la connaissance des vibrations – il ne faut pas oublier que c’était aussi un maître des ondes –, de faire se déplacer comme il voulait les objets. […] Grâce aux sons de sa lyre il était capable d’émouvoir, par des vibrations particulières, des pierres et de les appeler à l’état de lévitation à travers les cieux de manière à ce qu’elles constituent de véritables villes. […]

Il avait une autre théorie, une autre force : il était capable d’apaiser les bêtes féroces. Lobsang Rampa nous raconte effectivement qu’il était attaqué par des chiens monstrueux et qu’il a pu par la puissance de son esprit les calmer. Le cas d’Orphée est encore meilleur : il pouvait calmer les tigres, les panthères, les lions, n’importe quel animal farouche. […] Orphée était capable de tout cela et il avait créé la religion d’Apollon. […]

Orphée annonçait que le Père et la Mère éternels – c’est-à-dire Zeus – avaient produit un fils. Ce fils n’était pas comme on le dit fréquemment Dionysos, mais bien Apollon, lequel apportait la sagesse à l’humanité. Cette sagesse était simple : l’homme est fils des dieux et par conséquent il doit au fond de lui-même reconnaître sa divinité. C’était une chose essentielle aux yeux d’Orphée. Nous ne sommes pas simplement des matières jaillies de la terre ; nous ne sommes pas des fruits d’une sociologie délirante et contraignante ; nous ne sommes pas les jouets d’un subconscient plus ou moins malicieux ; nous sommes des dieux et nous sommes les fils du Très-Haut. Ce que Jésus avait dit, Platon l’avait dit avant lui, Pythagore l’avait dit avant lui et Orphée l’avait dit avant lui. C’est le grand message orphique : « Nous sommes tous des dieux et nous atteindrons tous la conscience de notre divinité. »

Il a essayé de répandre ce message à travers le monde et notamment à travers la Grèce, l’antique Thessalie également. À cette époque-là régnaient les Bacchantes. Les Bacchantes étaient les prêtresses de Bacchus ; elles adoraient un dieu terrible et destructeur capable d’anéantir tous ses ennemis et qui vivait dans une espèce de délire permanent.

Or, à la place de ce délire permanent qui nous fait communiquer avec les voix de notre subconscient, Orphée apportait un dieu de lumière et de super conscience qui connaissait tous les mystères du conscient et tous les mystères du Dieu éternel qui est au fond et au-dessus de nous-mêmes.

Il y eut une opposition normale entre les Bacchantes avec leur vieille religion et Orphée avec sa jeune religion. Les Bacchantes n’étaient pas très commodes. Dans leurs rites, elles tuaient et lacéraient une multitude d’êtres animaux ; elles prenaient les animaux et les déchiquetaient dans une espèce de furie orgiastique. Elles en firent autant pour le malheureux Orphée. C’est du moins la tradition, peut-être est-elle fausse ? Orphée fut démembré et la légende ajoute – cette fois-ci nous sommes en pleine légende – que sa tête séparée de son tronc a été jetée sur une rivière, sur la mer plutôt, et que la mer l’a amenée graduellement jusque au bord d’un fleuve ; elle a remonté le courant du fleuve et au bord de ce fleuve, un enfant naquit, sortit si l’on peut dire à la lumière du jour : c’était le jeune Homère et la tête d’Orphée embrassa la tête de l’enfant prédestiné. À partir de ce moment-là, l’esprit d’Orphée rentra dans l’âme d’Homère.

Homère par la suite devint le plus grand des poètes antiques et c’est celui qu’adoraient les Anciens car ils trouvaient dans ses livres exactement toutes les connaissances, toutes les sagesses et toutes les prophéties possibles. […]

Le deuxième Orphée a vécu à l’époque de Moïse. Tous les deux ont appris la même sagesse dans la ville d’Héliopolis où effectivement ils ont été initiés par les grands prêtres du soleil.

Il a écrit, ce deuxième Orphée, une multitude de livres et nous n’en connaissons que les titres mais il s’était occupé de biologie et aussi de diététique. Il avait étudié toutes les plantes et tous les fruits qui pouvaient aboutir à guérir l’être humain. Il avait écrit une démétride, c’est-à-dire la louange de Déméter, le maître du monde et aussi l’âme de l’univers. Il a donc été un très grand initié.

On lui attribuait trois mille livres, trois mille ouvrages que les initiés d’Éleusis étudiaient, apprenaient par cœur et essayaient de réaliser.

Il avait écrit également quelque chose sur la foudre où il démontrait que la foudre était en quelque sorte la puissance magnétique universelle qui donnait à chacun son efficacité et sa puissance et que les grands maîtres de l’univers étaient aussi les maîtres de la foudre. Les maîtres de l’univers, il ne s’agissait pas simplement des dieux mais également des maîtres et aussi des initiés.

Le deuxième Orphée a été probablement contemporain et ami – ce que l’on ignore – d’un certain Akhenaton qui fut sans doute l’homme le plus prestigieux au point de vue historique qu’ait connu l’humanité et un des sages les plus étonnants puisqu’il était à la fois le premier monothéiste avant Moïse, le premier féministe avant les penseurs du XXe  siècle, le premier pacifiste, il était donc en avance sur notre triste et sanguinaire époque et en même temps le premier non-violent de la Terre.

François Brousse
Conf. « Les grands Initiés d’Occident », Pau, 11 oct. 1986

Orphée

Au flanc de la montagne immense, sous les chênes,
Orphée, dardant ses yeux comme deux soleils clairs,
Sentant monter en lui les dieux géants
Déchaîne sa formidable lyre où vibrent les éclairs.

Les grands chars de l’aurore effrayante bondissent,
Le vent dans ses cheveux s’engouffre vastement,
Ivre de ton mirage éternel – Eurydice ! –
Le mage chante au fond sacré des firmaments.

Et tandis que les mains dorées de l’océan
Applaudissent, que crient les aigles tournoyants,
Que les abeilles font frissonner les oranges,

Dans les rythmes de foudre exaltant l’air marin,
On voit tressaillir sur leurs piédestaux d’airain
Les rochers monstrueux qui grondent des louanges.

François Brousse
Revue BMP N°3, août 1983

Le démembrement d’Orphée

Orphée démembré par les bacchantes ! Quel magnifique symbole.

• C’est d’abord le principe divin, déchiré par les mythologies passionnées.
• C’est l’esprit supérieur assailli par les passions inférieures.
• C’est le génie en proie aux envies hurlantes.
• C’est le prophète entouré par les foules échevelées.
• C’est aussi, sur le plan de l’histoire, la mort d’Orphée, prêtre d’Apollon-lumière, tué par les prêtresses de Dyonisos-ténèbres. 

François Brousse
Revue BMP N°85, janv. 1991

Un nouvel Orphée

Dans « La Vision des Montagnes », empruntée à son recueil Toute la Lyre, Victor Hugo nous parle des principaux sommets qui hantent l’imagination des peuples : le Caucase, l’Olympe, le Sinaï, le Golgotha.

Cela représente quatre grandes mutations de
l’humanité : la religion du feu, l’hellénisme, le judaïsme et le christianisme, avec quatre prophètes : Prométhée, Orphée, Moïse et Jésus. Mais on peut voir dans ces figures majeures la préfiguration de mages encore ensevelis dans les ténèbres du futur.

La Terre attend un nouveau Prométhée, inventeur du feu subtil, un nouvel Orphée, créateur de chants éternels, un nouveau Moïse, fondateur d’un peuple d’initiés, un nouveau Jésus, sauveur du monde.

François Brousse
« Nostradamus ressuscité – Le lys d’or » dans Revue BMP N°24, juin 1985

La métempsychose

Bien que les Européens refusent cette vérité, aussi bien les théosophes que les rosicruciens, il n’en reste pas moins vrai que la tradition orientale et la plus ancienne tradition occidentale, j’ai nommé celle d’Orphée, de Pythagore, de Platon et des druides, toutes ces primordiales théories affirment la possibilité pour l’homme de rétrograder dans la bête.

Néanmoins, il reste toujours l’éventualité de diriger sa barque vers les soleils éternels, ce n’est jamais impossible. Mais enfin, à partir de certaines limites, quand nous avons perdu toutes les qualités humaines, c’est à dire le libre arbitre, l’amour, la sagesse et la beauté, et que nous ne sommes plus que des êtres instinctifs et féroces, il n’y a aucune raison pour nous de rester au stade humain. Nous n’en sommes plus dignes et nous retombons parmi les animaux où nos pulsions inférieures s’épanouiront beaucoup mieux.

François Brousse
L’Évangile de Philippe de Lyon,
Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1994, p. 198

Orphée nous apprenait que l’âme est immortelle,
qu’après la mort elle va contempler le visage de la Lune,
elle boit le nectar de l’oubli et rentre dans des sphères divines. Puis elle revient sur Terre, et elle poursuit son pèlerinage jusqu’à ce que les membres épars du dieu caché, c’est-à-dire Dionysos Zagreus, soient réunis et recomposent l’Être primordial. 

François Brousse
Conf. « Secrets et mystères de la transmigration des âmes », Toulouse, 30 janv. 1983

Un des signes proéminents d’une ère finissante rougeoie dans la négation.

Quand on nie l’existence historique d’Orphée, de Pythagore et de Jésus, on sonne le glas des grandes morts. Chute de la poésie inspirée, déclin de la métaphysique intuitive, effondrement de la religion. C’est la signature d’un âge qui meurt.

L’âge nouveau fera renaître, après un intervalle, les déesses.

François Brousse
Revue BMP N°76, mars 1990

Orphée enseignait que l’âme des hommes, évoluant à travers de nombreuses réincarnations, développait en elle les fragments radieux de Dionysos. Une heure sacrée sonnait enfin, quand l’homme, reprenant sa conscience divine, devenait lui même un Immortel.
Il quittait la terre, et rentrait dans l’incorruptible royaume.
Et le bonheur l’enveloppait pour toujours.  

François Brousse
L’Abeille de Misraïm, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1986, p. 34

INVOCATION

Ô Muse qui chantais dans la bouche d’Homère
Comme un volcan qui gronde à travers l’onde amère,
Toi qui brûlais l’azur de tes lys flamboyants
Et qui dors maintenant sur ton marbre funèbre
Parmi l’éther rempli d’oublieuses ténèbres,
Telle une lune ensevelie dans l’océan,

La coupe de porphyre auprès de Toi repose.
Arrache toi, vivante, aux mortuaires poses,
Répands ton souffle où vit la lumière de mai
Mon cerveau te salue du fracas de ses forges,
Les forêts de mon coeur t’envoient leurs rouges gorges,
Le charbon prophétique est toujours allumé

Allons, lève ta coupe et réveille ses fleuves,
Où l’essaim triomphal des Colombes s’abreuve
Comme un phare éployant sa flamme autour de lui
Ressuscite l’antique Orphée aux yeux sublimes
Sous la forme d’un temple érigé sur les cimes
Dont le fronton regarde un soleil ébloui.

François Brousse
Orphée au front serein, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1984, p. 22