Saint Jean

6 apr. J.-C., Bethsaïde – ~100 apr. J.-C, Éphèse

Jean est la figure la plus douce et la plus mystérieuse du Nouveau Testament.

Il rayonne au milieu des autres apôtres comme la Lune dans le cercle des étoiles.

Il réfléchit directement la lumière du soleil Jésus.

Jean renferme les secrets les plus profonds du christianisme.

Son âme est le temple des trésors ineffables.

 

François Brousse

Commentaires sur l’Apocalypse de saint Jean – Tome 1, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2001, p. 11

 

 

Jean le prince des ésotéristes

Il existe une dualité éternelle, une opposition entre la lourdeur de la pierre et la légèreté de l’aigle.

L’apôtre Pierre incarne l’église sociologique, hiérarchique et dogmatique. L’apôtre Jean dont les symboles sont l’aigle et la colombe représente l’inspiration, l’illumination, l’extase. Il est le Maître des révélations permanentes, il est comme Jésus lui-même en rapport avec le Verbe cosmique. Jean est le successeur prédestiné de Jésus. Il est l’image même de l’église de l’Esprit contre l’église de la chair représentée par l’apôtre Pierre. Toute religion a deux faces : l’exotérisme et l’ésotérisme. Jean est le chef des ésotéristes et il incarne la pensée profonde et secrète de Jésus. Il remplace le dogme par le symbole et la lettre par l’esprit. Il est donc le prince des véritables disciples du Christ.

François Brousse
« Interview de François Brousse à propos du livre Ézéchiel, mage chaldéen » dans Revue BMP N°5, oct. 1983

Avant de mourir, Jésus transmit à Jean la mission de continuer le christianisme dans ses mystères profonds,

tandis que Pierre se chargeait de bâtir puissamment le christianisme extérieur, l’Église de pierre.

Le grand souffle de Jean s’est propagé pur, à travers les siècles ;

mais la rauque haleine des successeurs de Pierre a empuanti la pensée du Christ.

François Brousse
Les Secrets kabbalistiques de la Bible, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1987, p. 190

 

Jean le second Christ

Jésus a initié un être formidable qui ouvre ses ailes d’aigle sur l’immensité du cosmos et qui s’appelle saint Jean.

Saint Jean est l’enfant spirituel du Christ, c’est le second Christ. Nous le voyons très nettement dans l’Évangile de Jean où Jésus crucifié dit à sa mère : – Mère, voici ton fils en désignant Jean, et dit à Jean : – Fils, voici ta mère en désignant Marie. C’est mieux qu’une transmission, c’est presque une identité. L’âme impérissable du dieu se transmet d’homme à homme jusqu’à l’illumination finale. […]

Dans la réalité cosmique, cosmologique et gnostique de l’Évangile, saint Jean a pris le masque de Lazare. Lazare ressuscité a reçu un nom, un nom initiatique et ce nom, c’est le nom de Jean qui veut dire Janus, qui veut dire Jina, qui veut dire Jaïn. Cela traduit trois choses :

  • JANUS, c’est le dieu qui a deux faces, tournées l’une vers le passé, l’autre vers l’avenir, l’une vers l’inconscient, l’autre vers le conscient, l’une vers la raison, l’autre vers l’illumination. C’est ce Jean, ce Janus, qui est le maître de tous ceux qui cherchent les portes. D’ailleurs, dans ce qu’on appelle la mythologie romaine, Janus est représenté comme l’ouvreur de portes, celui qui tient les clés de tous les temples, les clés de la paix, les clés de la guerre, les clés de l’année, les clés de l’éternité, les clés de la vie et les clés de la mort. Et Jean n’est pas autre chose que Janus.
  • Il est également JINA, qui veut dire « la colombe », et il a en effet comme symbole une colombe et un aigle, ce qui représente les deux aspects de l’initié de l’Air ; l’initié de l’Air va, sous la forme de la colombe, c’est-à-dire de l’amour, dans les immensités cosmiques peuplées par les sphères heureuses ; et l’initié de l’aigle va sous la forme du rapace dont les yeux sont en train de regarder face à face le Soleil jusqu’au paradis solaire. C’est là qu’il puise sa force et son génie. Eh bien, saint Jean, sous la forme de Lazare, a eu une expérience fondamentale, l’initiation : elle a duré trois jours. C’est ce qui arrive presque toujours, on est plongé pendant trois jours dans une sorte d’hébétude où l’on est pratiquement séparé du reste du monde.

[…] Cette expérience, Jean l’a faite avec une ampleur cosmique, et il l’a faite sous la direction d’un maître qui est très exactement Jésus.

  • Pendant le premier jour, il est sorti de son corps, Jésus l’a plongé dans un sommeil hypnotique et il a profité de ce sommeil pour faire sortir l’âme du corps de l’apôtre. À la suite de Jésus – vous trouvez tout ceci raconté dans l’Apocalypse sous une forme métaphorique –, il a visité les sept planètes fondamentales du système solaire. C’est ce qu’il a fait le premier jour. Il a visité le plan martien, le plan vénusien, le plan mercurien, le plan lunaire, le plan vulcanien, le plan jupitérien et enfin le plan saturnien. Il a visité ces sept planètes et il a reçu en quelque sorte sept initiations.
  • Il lui manquait la huitième, l’initiation de l’infini qui est conférée par le Soleil, et ce fut le but grandiose de sa deuxième journée. Il est devenu Un avec le Soleil et avec sans doute ce qui est au-delà du Soleil, c’est-à-dire le Grand Astre central de la Voie lactée.
  • Il lui restait le troisième jour à voir l’âme des morts : il est entré en contact avec l’âme des morts, avec non seulement tous les morts du passé, mais tous les morts du présent, et on peut dire tous les morts de l’avenir. Vous trouvez quelque chose dans ce goût-là dans les œuvres de Hugo, dans un poème intitulé « La pente de la rêverie » où il voit immédiatement surgir devant lui tous les morts, les morts de toutes les villes, des Babylone, des Rome, des morts depuis le commencement des temps. Et là, il ajoute : « Et mon esprit à la suite de ce voyage revint ébloui, haletant, stupide, épouvanté, car il avait au fond touché l’éternité[1]. » C’est très exactement la même image et en même temps la même expérience que Jean a faite. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que Jean n’était que l’ancêtre de Hugo et qu’il s’est réincarné dans Victor Hugo.

[1] HUGO Victor, Les Feuilles d’automne, I – XXIX, « La pente de la rêverie » 

François Brousse
Conférence « L’Apocalypse (17, 3-4) », Prades, 21 avril 1977

 

Entre les Évangiles ordinaires, synoptiques, et l’Évangile de Jean, il y a des différences énormes, étant donné que l’Évangile de Jean est rempli de grâces et de mystères. Tandis que les Évangiles synoptiques sont des évangiles purement historiques ; ils se contentent de rapporter des évènements alors que Jean les enveloppe d’une aura de mystère et de grandeur.

Jean est avant tout un poète visionnaire, ce qui fait sa grandeur, son immensité. Il dépasse tous les autres qui ne sont que de vulgaires historiens. Luc le dit lui-même, il déclare qu’il a apporté une série de documents pour en faire sortir une histoire vraisemblable de Jésus-Christ. 

François Brousse
Table ronde « Saint Jean l’initié », Paris, 29-09-1990

 

Une de mes missions terrestres consistera à révéler non seulement les clefs de l’ésotérisme hugolien mais encore les arcanes de saint Jean et les secrets de Nostradamus.[…] Ces trois révélations – Olympio, saint Jean et Michel de Nostredame – sont les trois fruits de vie parmi les douze qui doivent être donnés au monde.

Charles Amazan (Pseudonyme de François Brousse)
L’Avenir des peuples, Imprimerie SINTHE & Co, Perpignan, Achevé d’imprimer le 25 janvier 1945, p. 8

Conférence « Chakras, Karma, Apocalypse »

L’Apocalypse a ceci de particulier, c’est qu’on ne connaît pas son auteur. Il est très probable que c’est saint Jean, le fameux saint Jean lui-même, qui a écrit les Épîtres de saint Jean et surtout l’étonnant Évangile, le plus près du cœur de Jésus, l’Évangile de saint Jean.

On le représente habituellement comme penché pendant le banquet, sur le cœur du maître. On peut dire de lui qu’il a entendu battre le cœur de l’Être éternel, si on admet que Jésus est l’incarnation de l’Être éternel, ce qui est très probable – je m’excuse, avec une correction, à savoir qu’il n’est pas le seul.

Le propre de toutes les grandes doctrines – et je les représente ici –, c’est que ces doctrines ne sont jamais enfermées dans une religion. Il n’y a pas un fils unique de Dieu, les avatars sont aussi nombreux que les vagues de la mer. C’est une vérité qu’il ne faut jamais cesser de répéter à toute la Terre, car elle est sourde, elle est encore enfermée, si j’ose dire, dans une espèce de fanatisme à la fois biblique et chrétien dont il faut qu’elle sorte. La Bible peut être en effet un merveilleux document initiatique à condition d’en avoir les clés et de ne pas s’enfermer dans une lettre morte qui tue et défigure éternellement.

Nous avons donc en ce qui concerne l’Apocalypse un grand document. Il est probable que c’est saint Jean qui l’ait fait. Que saint Jean soit un kabbaliste, c’est immédiat ; d’abord parce qu’il met en avant les sept souffles vitaux, les douze états d’âme et qu’il est fondé essentiellement sur une connaissance secrète, magique et mystique de l’être humain, ce qui ne gâche rien et ce qui prouve que c’est un authentique prophète.

François Brousse
Conférence « Chakras, Karma, Apocalypse », Perpignan, 22 (ou 29)-04-1988 (Extrait)

L’aigle est le symbole de Jean, l’apôtre merveilleux dont l’oreille avait écouté

les battements du cœur de l’Homme-Dieu.

Le christianisme johannite s’est conservé à travers les siècles,

comme un fleuve limpide et sombre qui coule silencieusement,

sous les pieds aveugles, dans les cavernes de la Terre.

Charles Amazan (Pseudonyme de François Brousse)
« Les mystères de la généalogie du Christ » dans Revue BMP, N°303-305, oct.-déc. 2010

Il y a deux Églises, celle de Pierre et celle de Jean.

La première Église est l’Église de chair, l’Église de Pierre : – Tu es Pierre et sur cette pierre je fonderai mon Église et les portes du Hadès – c’est-à-dire du séjour des morts – ne prévaudront point contre elle. Mais après avoir dit ceci, Jésus, qui ne craint pas la contradiction, s’adresse à Pierre, qui fait une réflexion peut-être un peu trop humaine, et lui dit : – Retire-toi de moi Satan. Car tu comprends les choses de la Terre mais tu ne comprends pas les choses du Ciel.

Effectivement, il y a deux Églises : l’Église de la Terre, celle de Pierre, qui subsiste avec les sacrements, avec les hommes parfaitement taillés dans le marbre, et l’Église de Jean, qui est l’Église de l’inspiration, de la connaissance, de l’illumination, du dédoublement astral et en même temps de l’union entre l’homme et la divinité. C’est en ce sens d’ailleurs que Honoré de Balzac déclarait : – Je suis chrétien, mais de l’Église de Jean, et non pas de celle de Pierre.

C’est à travers toute l’histoire du monde la lutte entre ces deux principes. Jean est avant tout l’inspiré, celui qui est en rapport avec le monde divin, et Pierre est celui qui impose les dogmes, lesquels dogmes nous enferment dans une série d’un passé entièrement révolu, dont il faudra tôt ou tard se débarrasser.

François Brousse
Table ronde « Saint Jean l’initié », Paris, 29 sept. 1990

Si quelqu’un a des oreilles, qu’il écoute. Si quelqu’un mène en captivité, il ira lui‑même en captivité ; si quelqu’un tue avec l’épée, il faut qu’il périsse lui‑même par l’épée ; c’est ici qu’est la patience et la foi des saints. (Apocalypse, XIII, 9-10)

Jean annonce ici la foi des saints, c’est‑à‑dire la doctrine fondamentale des Parfaits albigeois. Ils croyaient à la loi du karma, à la rétribution absolue et mathématique de nos actes. Les souffrances de notre vie actuelle sont la conséquence nécessaire des actes mauvais que nous avons commis dans une vie antérieure. Ces souffrances traduisent la justice éternelle de Dieu. L’enfer inextinguible n’existe point. Seul, le purgatoire terrestre existe qui nous permet de nous purifier de nos fautes passées. L’emprisonneur sera emprisonné à son tour, le tueur sera tué. Cette doctrine, vieille comme le monde, se murmurait dans les cryptes des sanctuaires occultes.

Jean attire notre attention par la formule : « Que celui qui a des oreilles écoute. » Il s’agit d’une vérité suprême et secrète, la loi du karma. Sans la connaissance de cette loi, le verset de Jean devient inexplicable.

D’autre part, ce verset rappelle la fameuse parole de Jésus à son brutal disciple, Pierre, qui brandit l’épée. « Jésus lui dit : – Remets ton épée à sa place car tous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. » (1)

Tous ceux qui prendront l’épée – l’Église romaine – périront par l’épée ! C’est une prophétie d’ordre mondial. L’Église de Rome a triomphé par la puissance du glaive ; donc, en vertu des lois karmiques, un glaive la frappera et l’effacera du monde.

(1) – Évangile selon saint Matthieu, XXVI, 52

François Brousse
Commentaires sur l’Apocalypse, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2001, p. 112

Vous avez un grand Maître, c’est saint Jean.

Saint Jean est probablement un des plus étonnants poètes de tous les temps.
Il suffit de lire l’Apocalypse pour en être persuadé.

Il y a également l’Évangile de Jean, les Épîtres de Jean, les Actes des Jean qui ne sont pas retenus par l’Église et qui n’en sont pas moins beaux et qui remontent à la même grandiose personnalité.

Jean dans l’Apocalypse nous a donné les clés du passé, du présent et de l’avenir.

François Brousse
Conférence « L’Apocalypse », Prades, 19 mai 1980

Les 24 viellards de l’Apocalypse

Et les vingt-quatre Vieillards et les quatre Animaux se prosternèrent et adorèrent Dieu qui était assis sur le trône en disant : – Amen, Alléluia ! (Apocalypse, Chap. XIX, verset 4)

[…] Les vingt-quatre Vieillards représentent les vingt-quatre prophètes. Il y a une année cosmique de douze signes zodiacaux. Elle dure 24 000 ans et elle est divisée en vingt-quatre périodes de mille ans chacune et à l’intérieur de cette période on voit surgir un prophète. Les prophètes en gros surviennent tous les mille ans. Les vingt-quatre Vieillards dont parle l’Apocalypse sont les vingt-quatre prophètes qui ont brillé et resplendi à travers la période du monde dans laquelle nous sommes. Saint Jean a emprunté ceci aux jaïns dans la religion jaïniste, la religion des jaïns, c’est-à-dire des Victorieux. Dans l’Inde il y a vingt-quatre Tirthankara, c’est-à-dire Sages, c’est-à-dire Jina, c’est-à-dire Victorieux. Ils sont venus et ils président à chacune des vingt-quatre périodes du temps. C’est exactement la même image et on voit bien que cela provient d’une source unique. On voit d’ailleurs à travers cette idée de vingt-quatre que saint Jean a reçu l’initiation brahmaniste, hindouiste et au-delà, peut-être, l’initiation bouddhiste.

Quant aux quatre Animaux, ce sont les quatre symboles des quatre initiations : c’est le Taureau, le Lion, l’Aigle et l’Ange. Or le Taureau représente la Terre, le Lion représente le Feu, l’Aigle représente l’Air et l’Ange représente le Fluide divin au-delà de l’Eau, de l’Air, de la Terre et du Feu.

  • L’Ange a quelque chose de particulier car il représente à la fois l’Eau et le Fluide universel. L’Ange représente la possibilité pour l’homme de sortir de son corps. C’est l’image même du dédoublement, c’est d’ailleurs pourquoi on lui prête des ailes.
  • Le Taureau représente la possibilité pour l’homme de concentrer sa pensée à travers la magie ou à travers la puissance du Verbe de manière à créer de véritables miracles, notamment des tremblements de terre.
  • L’Air représente pour le prophète l’Aigle et la possibilité de voyager dans le temps, c’est-à-dire de voir les fastes prodigieux de l’avenir et également les images colossales qui subsistent dans la mémoire des peuples.
  • Le Lion se rapporte à l’initiation du Feu, qui est l’initiation – au-delà du plan astral – du plan spirituel. À travers l’initiation du Feu on est saisi par l’inspiration et l’illumination. Vous trouvez d’ailleurs fréquemment le Lion sous forme d’un animal en feu. Pour ne citer que quelques exemples, dans certaines abbayes catalanes vous retrouvez des lions représentés avec des formes aériennes et des crinières hérissées. On a l’impression de flammes beaucoup plus que de lions. Les êtres qui ont sculpté ces images étaient sans aucun doute des initiés.

 

Alors voilà les quatre Animaux. Nous devons traverser les quatre initiations avant d’arriver à la sagesse des vingt-quatre mages. Ils s’inclinent et se prosternent devant le trône de Dieu, et Dieu est assis sur son trône. Quel est le trône de Dieu ? Eh bien, il est parfaitement normal et parfaitement simple, c’est le triple soleil.

  • D’abord le Soleil des soleils de toutes les galaxies, qui est des milliards de milliards de milliards de fois plus grand et plus brillant que notre Soleil, et dans lequel il y a le véritable trône de Dieu.
  • Cette idée de cette immensité démesurée est assez effrayante ; elle se retrouve pour la première fois peut-être dans les enseignements du comte de Saint-Germain qui parlait du Grand Soleil central. En effet, au-dessous vous avez le Grand Soleil de la Voie lactée. Notre Voie lactée, comme vous le savez, est composée de 200 milliards de systèmes solaires. Je dis 200 milliards pour être modeste ; actuellement on parle de 250 milliards, mais 50 milliards de plus ou de moins ne font rien à l’affaire. Il reste un énorme soleil qui fait tourner autour de lui environ 200 milliards de systèmes solaires parmi lesquels le nôtre, le petit système solaire dans lequel nous sommes enfermés.
  • Au-dessous, vous avez le troisième trône de Dieu. Alors, il y a le grand trône, le trône moyen, galactique si vous voulez, et enfin, il y a le trône planétaire, le nôtre, c’est le Soleil, et c’est dans le Soleil que nous voyons tous les jours que siège l’esprit divin sous son rayonnement perceptible. […] L’âme divine du Soleil constitue Hélios ou bien Apollon, l’être le plus parfait que l’on puisse imaginer connaître sur la Terre. C’est là que se trouve le trône de Dieu et lorsque l’on parle dans la Bible de la face de Dieu, ce n’est pas autre chose que le Soleil. Le Soleil était représenté sous la forme d’une face divine : c’était la face de l’Éternel et c’est notamment l’image qu’employaient les Égyptiens dans les cryptes secrètes et qu’Akhenaton a employée d’une manière nette pour toutes les nations.

Voilà donc quel est le trône de Dieu. De là, vient le mot « Amen ». Que signifie le mot « Amen » ? Il y a immédiatement une signification que je qualifierai d’historique. « Amen » ou « Amon » – les deux mots sont pareils – est le nom du grand dieu solaire chez les Égyptiens, Amon Râ. Et le mot « Amen » vient semble-t-il de là. Il est en quelque sorte le reflet de la sagesse égyptienne dans la connaissance chrétienne. « Amen » signifie donc : « Nous évoquons le dieu du Soleil et nous voulons rentrer dans sa gloire éblouissante. »

François Brousse
Conférence « L’Apocalypse », Prades, 16 juin 1980

Quelle est l’origine de l’Apocalypse ?

Il y a deux théories qui sont assez vieilles d’ailleurs mais qui ressurgissent de nos jours avec une étonnante vigueur. Il y en a même trois si vous voulez.

  • La troisième théorie – je vais commencer par elle –, c’est que c’est un ouvrage uniquement fondé sur l’astrologie, qui serait le résultat des méditations gnostiques et qui daterait très probablement du IIIe ou du IVe siècle, que l’on aurait abusivement rapporté à saint Jean.

Une partie de ces théories fait qu’au lieu d’être du IIIe ou du IVe siècle, ce livre fabuleux daterait bien du IIe siècle et ce ne serait pas saint Jean qui l’aurait écrit, ce serait un hérétique, étonnant par ailleurs, dont on ne connaît très peu de chose mais dont on voit l’image grandiose et qui s’appellerait Cérinthe[1]. Cérinthe aurait donc écrit cette Apocalypse, sous toute réserve. C’est la première idée, laquelle a eu beaucoup de succès en ce sens qu’elle était essentiellement anti-traditionaliste. Ce n’est pas une raison pour qu’elle soit vraie, ce n’est pas une raison non plus pour qu’elle soit fausse, c’est une raison. En réalité il faut dépasser le côté traditionaliste et le côté révolutionnaire pour essayer de planer dans la pure atmosphère de la vérité.

  • La deuxième théorie sur l’Apocalypse avait déjà été soutenue d’une manière secrète, elle a été dévoilée par Daniel Massé[2] au commencement du XXe siècle et reprise par Ambelain[3]. Cette théorie était très simple. En réalité l’Apocalypse remonterait à Jésus lui-même. Comme je vous l’ai dit, il y avait trois Jésus. Le Jésus dont parle Ambelain et dont parle Daniel Massé, ce serait Jésus le Nazoréen, le Crucifié. Daniel Massé va plus loin et il prétend que Jésus est le même personnage que saint Jean. En réalité, on a fait de ce personnage unique, deux personnages différents.

Il va plus loin, il va souvent jusqu’à identifier Jean le Baptiste et Jean l’Évangéliste, mais nous ne le suivrons pas là-dessus. L’essentiel de son message est celui-ci : c’est qu’il est vrai que l’Apocalypse vient de Jean, mais comme Jean et Jésus ne sont qu’un, l’Apocalypse ne serait que le message de Jésus. Repris par Ambelain, cela signifie que Jésus était un grand révolutionnaire, qu’il était le Lénine ou le Karl Marx de l’époque – un révolutionnaire violent, un révolutionnaire qui voulait fonder sa mission sur la force et la guerre –, et que ce serait une espèce de manifeste du parti communiste d’un certain Jésus de Nazareth, lequel aurait paru vers l’an 27 ou 29. C’est un point de vue extrêmement intéressant mais qui nous paraît douteux. Il est d’ailleurs intéressant, en ce sens que nous avons affaire à un document prodigieux et que ce document prodigieux contient incontestablement l’image d’un très grand initié.

  • La première théorie, qui remonte assez haut, qui a été remise à neuf avec une ardeur prodigieuse par Rudolf Steiner et qui nous paraît parfaitement exacte, c’est que l’Apocalypse de saint Jean est bien de saint Jean, et que saint Jean n’est pas autre chose que Lazare.

Dans l’Évangile, le personnage étrange de Lazare était le bien-aimé du Christ : « Lazare, notre ami bien-aimé, dort, je vais le réveiller », et d’un autre côté il est dit que Jésus aimait Lazare et lorsque Lazare est mort, il s’est mis à pleurer. La foule s’est écriée : – Voyez comme il l’aime, ne pouvait-il pas faire un miracle et l’empêcher de mourir ? Il a fait quelque chose de beaucoup mieux, au lieu de l’empêcher de mourir, il l’a ressuscité. Par parenthèse, je crois qu’il faut comprendre cette résurrection. C’était une initiation. Cette initiation consistait dans le dédoublement. Comment aboutir à un dédoublement ? Eh bien, habituellement, le Maître plongeait son disciple dans un profond état hypnotique et pendant que l’autre était semblable à un être inerte, le corps était plongé dans une léthargie profonde, l’âme s’envolait dans les espaces étoilés. Le Maître l’amenait de planète en planète et lui faisait visiter les trois cycles du monde.

  • Le premier jour, elle voyait toute l’ampleur du cosmos. Parfois, simplement, elle restait sur la Terre et voyait les divers mondes, les divers continents, les diverses villes, les diverses civilisations.
  • Le deuxième jour, elle voyait les morts. Après avoir vu les vivants, elle entrait en contact avec les morts et les esprits de la nature.
  • Et enfin, le troisième jour, elle allait au-delà et elle voyait directement le Verbe éternel, à travers l’éblouissement des visages divins, les visages des anges, des archanges et des dieux.

C’étaient les trois grandes initiations. Lorsque le disciple revenait sur Terre, il avait ce souvenir vertigineux et il prenait un titre nouveau. Ce titre nouveau pourrait être plusieurs titres d’ailleurs. Il y en avait deux essentiellement, ce qui explique l’erreur de Daniel Massé dans sa confusion entre Jésus et Jean. Le premier titre était CHRIST et le deuxième titre était IONA. Le premier titre voulait dire qu’on était « le sublime possesseur du royal secret », Christ [Kryst] veut dire en égyptien « le Maître des mystères ». C’est Drioton[4] qui l’affirme et Drioton est un chanoine qui n’a aucune sympathie pour les doctrines ésotériques. […]

Janus est celui qui a deux visages. Avec son visage il regarde le passé, avec son autre visage il regarde l’avenir. Janus est l’être qui connaît les grands cycles du passé et de l’avenir et qui peut dévoiler les mystères de la connaissance intégrale. C’est ce qui est arrivé à Jésus et ce qui est arrivé à saint Jean ; il y a d’ailleurs une identité entre Jésus et saint Jean. De là encore les erreurs de ce malheureux Ambelain et de ce malheureux Daniel Massé. Effectivement, à un moment donné, il est dit que Jésus avait sur sa poitrine la tête de Jean. Il y avait comme une assimilation entre les deux. Jean était le seul qui pouvait poser sa tête sur la poitrine du Fils de l’Homme. Il semble qu’il écoutait battre le cœur des dieux. On pourrait se demander s’il n’y avait pas une véritable identification entre les deux.

La deuxième identification, nous la retrouvons au moment où Jésus est crucifié. Devant lui, tous les apôtres ayant fui courageusement, il ne reste que saint Jean et les femmes, les saintes femmes qui n’ont pas fui et saint Jean qui n’a pas fui davantage. Alors Jésus s’adresse à sa mère et lui dit : – Mère, voici ton Fils – en désignant Jean – et il s’adresse à Jean en désignant sa Mère et lui dit : – Fils, voici ta Mère. C’est donc une identification entre Jésus et Jean, une identification qui est tout à fait normale en ce sens que, lorsque le Maître et le disciple ont atteint un degré de parfait équilibre, tout ce qui se passe à l’intérieur du disciple est vu immédiatement par le Maître. Le disciple est en quelque sorte un prolongement du Maître, comme le Maître devient l’exaltation triomphale du disciple. On voit cette espèce de communion télépathique entre le Maître et le disciple dans certains phénomènes. Par exemple à l’intérieur de l’Aggartha il existe des images, des images astrales qui correspondent aux disciples. Chaque disciple a son image astrale. Et cette image astrale est liée au disciple, à tel point qu’il suffit que le Maître regarde l’image astrale pour savoir ce qui se passe à l’intérieur même de l’âme du disciple. Il n’a pas besoin d’aller le voir, pas même besoin de communiquer. Il le voit, tout de suite. […]

Il y a semblerait-il à travers toutes ces puissances une connaissance intégrale entre le Maître et le disciple, entre Jésus et saint Jean ; ce qui fait que l’on peut parfaitement admettre qu’une grande partie de l’Apocalypse a été inspirée par Jésus.

[1] CÉRINTHE. Hérétique judéo-chrétien qui aurait enseigné en Asie Mineure à la fin du Ier siècle. Autant qu’on puisse la reconstituer, la théologie de Cérinthe est une forme de l’hétérodoxie judéo-chrétienne d’Asie Mineure, que déjà combat saint Jean, et elle reflète le dualisme courant à cette époque et dans ces milieux : « Le monde est l’œuvre d’une puissance étrangère au Dieu suprême, le Dieu inconnu ; Jésus n’est qu’un homme, né de Joseph et de Marie ; l’Esprit descendit sur lui lors du baptême dans le Jourdain, mais le quitta avant la Passion. Cérinthe professait le millénarisme le plus grossièrement matériel et tenait la Loi et la circoncision pour nécessaires au salut. » (Source : Encyclopédie Universalis)

[2] Cf. MASSÉ Daniel (1872-19…), L’Énigme de Jésus-Christ, Jean-Baptiste et Jean le disciple aimé et l’apôtre, Paris, Éd. du Sphinx, 1929 (Source : Bibliothèque Nationale de France, Paris)

[3] AMBELAIN Robert (1907-1997), auteur français spécialisé dans l’ésotérisme et l’occultisme, ayant 42 ouvrages à son actif, dont certains sous le pseudonyme d’Aurifer. (Source : Wikipedia)

[4] JURET Michèle, DRIOTON Étienne (1889-1961), L’Égypte une passion : dans les pas d’Auguste Mariette Pacha et Gaston Maspero, Publication Haroué, G. Louis, imp. 2013 – Le Chanoine Étienne Drioton, grand égyptologue du XXe siècle, fut Directeur général du Service des antiquités d’Égypte, au Caire de 1936 à 1952, président de l’Institut d’Égypte, professeur au Collège de France (Livre consultable à la Bibliothèque nationale de France – 75 013 PARIS) Cf. Le site Internet : http://www.cercle-drioton.net/]

François Brousse
Conférence « L’Apocalypse », Prades, 24 mai 1979

Victor Hugo a été Jean, l’apôtre bien-aimé du Christ, l’auteur de l’Apocalypse, et il est bien certain que rien, en dehors de Dante et de Hugo, ne rappelle cette œuvre de violence mystique et de farouches visions qui s’appelle l’Apocalypse.

 

François Brousse
Splendeurs ignorées de la pensée hugolienne, Paris, 1ère éd., La Licorne Ailée, 2025

Saint Jean et Victor Hugo

Je dirai qu’il y avait au moins deux maîtres à l’époque de Jésus : Jésus et saint Jean. Et je ne suis pas loin de croire que saint Jean et Hugo étaient supérieurs à Jésus.

Jésus a confié son Église extérieure à Pierre – ce fut une catastrophe aux proportions démesurées – et il a confié son Église intérieure à Jean. L’Église de Jean s’est conservée à travers les âges. Elle a donné naissance aux albigeois, aux vaudois, dans un certain sens aux templiers, aux rose-croix primitifs et à tous les commentateurs sincères et illuminés, inspirés de l’Apocalypse.

Car saint Jean avait des connaissances absolues, formidables, dans tous les domaines : numérologiques aussi bien que cyclologiques, mystiques et prophétiques. Dans son Apocalypse, vous avez pratiquement toutes les connaissances possibles et imaginables, y compris l’arrivée de l’armée chinoise en Occident […], puisqu’il dit que les rois venus de l’Orient seront capables de mettre en chantier une cavalerie comportant deux cents millions de cavaliers – ce qui est fabuleux et qui ne peut être actuellement réalisé que par l’immense Empire chinois. Je vous signale par parenthèse qu’à l’époque de ce cher saint Jean, l’humanité comptait tout au plus huit cents millions d’êtres vivants. On ne pouvait concevoir logiquement à cette époque qu’il puisse y avoir une armée dont la seule cavalerie comprendrait deux cents millions d’individus.

François Brousse
Splendeurs ignorées de la pensée hugolienne, Paris, 1ère éd., La Licorne Ailée, 2025

Victor Hugo déclare : « Mon esprit de Pathmos connut le saint délire (1). »

Pathmos, c’est Jean, saint Jean, lequel a eu ses visions colossales lorsqu’il était à Pathmos, ses visions de l’Apocalypse, toutes zébrées d’éclairs et toutes illuminées de constellations. Hugo déclare qu’il a eu le même délire que saint Jean. Il se place donc sur le même plan que le plus grand des prophètes du Nouveau Testament et il a d’autant plus raison de le faire qu’il est lui-même saint Jean. Il le dira dans un poème fameux qui ne laisse, semble-t-il, aucun doute sur le fait qu’il se croyait saint Jean et qu’il le sentait d’une manière profonde et fondamentale.

Écoutez. Je suis Jean. J’ai vu des choses sombres.
J’ai vu l’ombre infinie où se perdent les nombres (2).

(1) – HUGO Victor, Odes et Ballades (1826), Livre cinquième – 1819-1828, XIV, « Action de grâces »
(2) – HUGO Victor, Les Contemplations, Livre sixième – Au bord de l’infini, IV

François Brousse
Splendeurs ignorées de la pensée hugolienne, Paris, 1ère éd., La Licorne Ailée, 2025

La table du démon et la table de Dieu

D’après les Apocryphes, Jésus s’adonnait au végétarisme.

L’Évangile secret de saint Jean, notamment, affirme qu’il existe deux tables : la table du démon et la table de Dieu.

La table du démon est couverte d’animaux massacrés : poulets, cochons, bœufs, moutons, gibier et c’est à cet endroit fatal que siègent les hommes matériels. Le sang ruisselle de leurs mâchoires et ils communient avec le démon (le « démon » entre guillemets, bien entendu, c’est-à-dire les forces inférieures et rétrogrades de l’univers).

La table de Dieu croule au contraire sous les fruits, les céréales et les légumes. Elle est aérée et baignée par les rayons du Soleil. C’est là que doivent s’attabler les enfants de Dieu qui veulent atteindre la liberté.

Il est évident que cela ne suffit pas ! C’est seulement un commencement.

François Brousse
« Les trois purifications » dans Revue BMP N°62, nov. 1988

Les grands inspirés

La même bouche énigmatique souffle sur les devins, les poètes et les prophètes.

C’est le Feu vivant dont parle Zoroastre. C’est le Verbe dont parle saint Jean. C’est le plan surmental dont parle Blavatsky. La silencieuse force divine flamboie à la frontière de l’esprit humain.

Tous les grands Inspirés ont les lèvres touchées par le charbon brûlant de l’archange.

François Brousse
La Trinosophie de l’étoile Polaire, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1990, p. 73

L’Église de Jean

Elle s’est manifestée sous le visage des gnostiques, des pauliniens, des vaudois, des albigeois, des bogomiles, des cathares, des Templiers, des rose‑croix, des théosophes et, enfin, des anthroposophes.

L’Église de Jean est toujours vivante, toujours épanouie. Ce merveilleux sanctuaire secret emploie surtout l’extase, l’illumination, le jeûne, le végétarisme et certaines méthodes cachées pour atteindre l’absolu.

François Brousse
Le Livre des révélations – Tome 2,
Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1992, p. 142

Douze Apôtres gravitaient autour du Christ, comme autant de planètes autour de l’astre fécondateur.

Chaque planète réfléchit à sa manière les rayons bienfaisants.

Ainsi les douze Apôtres devraient être les pères de douze christianismes, différents, mais d’identique nature.

 

On distingue sans peine :

  • Jean, d’où coule la vaste gnose chrétienne,
  • Pierre, le fondateur de la dure Église romaine,
  • André, frère de Pierre, auquel peut se rattacher l’orthodoxie grecque et slave,
  • Philippe, qui convertit l’eunuque éthiopien, mérite le titre de Grand Copte : le christianisme abyssin se développa dans son ombre.
  • Jacques, frère de Jean, représente les vaudois, doux mystiques voués à la pureté et à la pauvreté. Ils furent exterminés comme les cathares.
  • Barthélémy porta la parole chrétienne dans l’Inde, et commença ainsi le christianisme yoghique, dont les fidèles de l’ère du Verseau dévoilent une tendance.
  • Simon le Zélote, c’est‑à‑dire le Révolutionnaire, incarne le christianisme violent des anabaptistes et de Calvin.
  • Thomas l’Incrédule, qui toucha de ses doigts les plaies du Ressuscité, symbolise le christianisme rationaliste, dont la pente est de nier le surnaturel.
  • Matthieu dans les symboles de son évangile, a glissé une puissante science céleste : il représente le christianisme astrologique.
  • Jude, patron des causes désespérées, incarne le christianisme des guérisons, des clairvoyances, des prodiges, des miracles, la Christian Science.
  • Jacques, fils d’Alihée, ce qui veut dire le Sage, Jacques qui ne but jamais de vin et jamais ne mangea de viande, préfigure le cartonisme.
  • Enfin Paul, l’apôtre du Ressuscité, dont les épîtres parlent de « mort éternelle », est l’initiateur des Adventistes, des Témoins de Jéhovah, des sectes qui croient à la destruction de l’âme des méchants et à la résurrection des justes.

François Brousse
« Les douze apôtres dans le passé et dans l’avenir » dans Revue BMP N°37, juillet 1986

LA MONTAGNE DE SION

Je regardai ensuite, et je vis l’Agneau qui était sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante quatre mille personnes, qui avaient le nom de son Père écrit sur leurs fronts. (XIV, 1)

« Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » a dit l’évangéliste. Le nom du Père est donc Perfection, et les prêtres de l’église des Purs, qui s’intitulaient Parfaits, portaient sur leur front le nom du Père.

La montagne de Sion, c’est la montagne de l’église inspirée, l’étrange Montségur dont la cime plonge dans un ciel de miracle. Là, vinrent mourir les héros albigeois et leur sang magnanime empourpre pour l’éternité ces rocs magiques. Les Parfaits furent très peu nombreux mais le nombre donné par saint Jean s’apparente plutôt à la Gnose numérale. Il se place dans la sphère étoilée du symbolisme kabbalistique.

Le chiffre « 1 » symbolise (1) le Mage, l’homme parfait, celui dont la main levée recueille les influx de la force divine. Le chiffre « 4 » symbolise l’Empereur, le maître dont le pouvoir se carre sur la Pierre cubique de l’initiation. Le chiffre « 0 », enfin, symbolise le Fou mystique, le sage qui, ayant atteint le zénith de la Sagesse, n’est plus compris par les foules dont les clameurs tournoyantes assiègent en vain son rêve sacré. Remarquons que le chiffre « 4 » est répété deux fois, et qu’il y a trois zéros. La dualité du « 4 » représente, comme toutes les dualités, une lutte furieuse, la lutte du Nord contre le Midi – l’effroyable croisade contre le Graal. (2) La triplicité du « 0 » représente la triple perfection du Fou mystique dont l’âme a conquis les trois couronnes : la volonté, l’amour et l’intelligence.

(1) – N. d. É. : Il s’agit du symbolisme du tarot de Marseille.
(2) – N. d. É. : Voir le livre de Otto RAHN, La Croisade contre le Graal

François Brousse
Commentaires sur l’Apocalypse, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2001, p. 123

L’Évangile de Jean

Voici maintenant la science transcendante, la science du dédoublement et de la conscience cosmique. Elle ouvre ses portes d’aurore dans le plus obscur des Évangiles, celui de Jean.

Son nom, plongé dans les sources latines, se transforme en Janus, le dieu au double visage, le portier de la Terre et du ciel. Une seule tête, deux visages opposés. L’un regarde le passé, l’autre l’avenir, l’un la matière, l’autre l’esprit ; l’un la guerre, l’autre la paix ; l’un l’humain, l’autre le divin. C’est la conscience cosmique, grâce à laquelle l’éphémère se pénètre d’éternel.

Trois niveaux sont en nous, l’inconscient animal, le conscient humain, le surconscient sublime. Par l’érotisme, la haine, la superstition, l’inconscient nous tire vers les sphères inférieures. Par la raison et la science, le conscient nous donne la royauté des mondes planétaires. Par l’illumination, l’amour, l’intuition métaphysique, l’inspiration, le surconscient nous transporte dans les hauteurs infinies où s’abolissent le temps, l’espace et la causalité.

Connaître un nouvel état d’âme, illuminé, aimant, intuitif, inspiré, sans aucune limite, c’est la quatrième dimension de l’esprit, indiquée nettement par le quatrième Évangile. Alors les barrières du moi égoïste s’écroulent, on devient Un avec l’absolu. On possède la vision de l’infini dans l’éternité.

Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; et le Père qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres. Croyez-moi, je suis dans le Père et le Père est en moi ; croyez du moins à cause de ces œuvres. (Jean, XIV 10-11)

 

Ces versets font un écho grandiose aux affirmations magnifiques de la Bhagavad-Gita, le Johannisme de l’Inde :

Tu portes en toi-même un ami sublime que tu ne connais pas. Car Dieu réside dans l’intérieur de tout homme, mais peu savent le trouver.

L’homme qui fait le sacrifice de ses désirs et de ses œuvres à l’Être d’où procèdent les principes de toute chose et par qui l’univers a été formé, obtient par ce sacrifice la perfection. Car celui qui trouve en lui-même son bonheur, sa joie et en lui-même aussi sa lumière, est Un avec Dieu. Or, sache-le, l’âme qui a trouvé Dieu est délivrée de la renaissance et de la mort, de la vieillesse et de la douleur et boit l’eau de l’immortalité.

Quel symbole peut convenir à l’initié majeur, à Jean, le disciple bien-aimé, sinon l’Aigle dont le vol s’élance, au-dessus du vain grondement des foudres, dans la liberté totale de la délivrance ?

François Brousse
Thot Hermès le prince de l’éternité, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2010, p. 133-135

Jean est un génie universel,
dont la haute science domine tous les domaines.

François Brousse
Dans la Lumière ésotérique, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1999, p. 165

JEAN DE PATHMOS

Sous les têtes sacrées des arbres pleins d’effrois
Que l’océan paisible étreint, berce et dévore,
Toi dont la face pure éblouissait l’aurore,
Dont l’ombre en traits brûlants dessinait une croix,

La barbe soulevée d’un orage sans trêve,
Tu marchais sur la route éclatante du rêve
Et l’aile de ton front trouvait les cieux étroits.
Tes mains sur l’horizon produisaient une éclipse

Quand tu criais d’amour sous la mort du Soleil.
Un ange étoile, au chant des sirènes pareil,
Te dictait dans la nuit l’immense Apocalypse.

Un redoutable calme enveloppait ton île
Et ton crâne semblait le haut d’un campanile
Où le Christ souriant ouvrait ses bras vermeils.

28 décembre 1930

François Brousse
Le Rire des dieux, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2006, p. 69