Une rose, un baiser, caressant ses flots lents,
Illuminent la mer interminable et sombre
Et des tisons de pourpre aux chocs étincelants
Commencent à rouler sur sa crinière d’ombre.

Les astres alanguis meurent dans la pénombre…

Les oiseaux, effarés d’amour, volent sanglants
Et, croisant dans l’azur leurs tourbillons sans nombre
Abandonnent au vent marin leurs duvets blancs…

Sous le calme du ciel d’où l’étoile de l’aube
Mouille à l’écume en feu les franges de sa robe
Une lueur grandit, frissonnante d’extase.

Le gouffre des forêts, dans la fraîcheur puissante,
Penche sa chevelure étrange et languissante
Que l’âme du matin de ses larmes embrase.

La source, où la lumière enlace ses mains vives,
Porte à l’océan vaste expirant sur la rive
Le mystère de l’arbre incendié de gazes…

Les transparences du nuage éploient leur flamme,
Sous le prisme des bois le cerf réveillé brame,
Et le pigeon pleure à la nuit son tendre amour.

La fleur de velours s’ouvre aux perles de rosée
Dont la rondeur éclate en graciles fusées,
Cent prunelles zèbrent son coeur tissé de jour.

Les ermites pensifs s’éveillent à l’aurore.

Dardant son envergure étrangement sonore,
Urgelle aux voiles clairs s’envole dans le bleu…
Sous les cheveux subtils de la lumière blonde,

Courbez vous et priez, ô peuples de ce monde,
Car le soleil levant est le regard de Dieu.

 

François Brousse
De l’autre Cygne à l’un
dans Œuvres poétiques, t. 2, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1988, p. 286