Les philosophes
Les philosophes
Sur les décombres de la science et de la religion se dresse la colonne inébranlable de la philosophie
La colonne d’or de la philosophie s’élève jusqu’au ciel, elle repose sur la recherche impartiale du vrai en rejetant toutes les idoles. Elles se nomment les préjugés de race, de nation, de religion, de sexe, de morale traditionnelle, de violence, de réalisme et d’égoïsme.
Le philosophe est un œil ouvert sur le fini et sur l’infini, sur Dieu, sur l’homme et sur l’univers, il essaie de comprendre le monde dans son ensemble et dans sa profondeur, dans l’universel et dans l’essentiel. Il utilise la raison, l’intuition, l’intelligence du cœur et la méditation des grands sages. C’est vers lui que doivent se tourner les peuples s’ils veulent éviter l’abîme de la guerre, de l’angoisse et de la folie.
On ne voit bien le monde qu’en le regardant du haut de l’éternité. Le véritable philosophe est l’union du poète et de l’artiste, du penseur et du mystique.
Examinons, en les survolant, les diverses solutions apportées par les penseurs depuis la plus haute antiquité. Une première observation s’impose : aucun philosophe n’a affirmé l’éternité des peines infernales avant l’instauration du christianisme. […]
Sur les décombres de la science et de la religion se dresse la colonne inébranlable de la philosophie
La colonne d’or de la philosophie s’élève jusqu’au ciel, elle repose sur la recherche impartiale du vrai en rejetant toutes les idoles. Elles se nomment : les préjugés de race, de nation, de religion, de sexe, de morale traditionnelle, de violence, de réalisme et d’égoïsme.
Le philosophe est un œil ouvert sur le fini et sur l’infini, sur Dieu, sur l’homme et sur l’univers, il essaie de comprendre le monde dans son ensemble et dans sa profondeur, dans l’universel et dans l’essentiel. Il utilise la raison, l’intuition, l’intelligence du cœur et la méditation des grands sages. C’est vers lui que doivent se tourner les peuples s’ils veulent éviter l’abîme de la guerre, de l’angoisse et de la folie.
On ne voit bien le monde qu’en le regardant du haut de l’éternité. Le véritable philosophe est l’union du poète et de l’artiste, du penseur et du mystique.
Examinons, en les survolant, les diverses solutions apportées par les penseurs depuis la plus haute antiquité. Une première observation s’impose : aucun philosophe n’a affirmé l’éternité des peines infernales avant l’instauration du christianisme.
Les philosophes sont des amis de la sagesse
et les sages sont ceux qui ont atteint la sagesse.
Les philosophes recherchent la sagesse
et les sages la possèdent et l’intègrent dans leur vie.
Commentaires sur les Proverbes de Salomon – t. I, Clamart, éd. La Licorne Ailée, 2015, p. 132
Occupons‑nous de la cohorte surhumaine des héros. Ils servent de médiateurs entre les humains, les demi‑dieux et les Entités hypercosmiques. Ce sont les grands philosophes qui nous montrent les chemins de la divinisation.
Ils comprennent encore les grands poètes dont les paroles inspirées répandent autant d’éclat que de profondeur.
Le culte des Héros consiste à méditer leurs ouvrages où se reflète le visage de l’éternelle Vérité. Miroirs d’or et faces de feu, Apollonius recommandait Homère, Hésiode, Krishna, Bouddha, Orphée, Pythagore, Zoroastre, Hermotime de Clazomène et Platon. Ils mettront sur nos fronts une lumière hyperphysique. Ils nous apprendront à unir les religions, les philosophies et les méthodes d’illumination.
François Brousse
Revue BMP N°184-185, janv.-févr. 2000
L’artiste, par l’imagination, touche au fondement même de la réalité qui est la pensée créatrice de Dieu. Le mystique, dans le sens spirituel du terme, est celui qui recherche l’absolu. Quant au philosophe traditionnel, il se contente d’utiliser la raison pour comprendre l’univers. Mais les philosophes intuitionnistes englobent en eux l’artiste et le mystique. Ils deviennent des métaphysiciens explorant l’unique et infinie réalité.
[…] La pensée se divise en deux, la pensée discursive et la pensée intuitive. Par la pensée discursive, je rôde en trottinant autour de la chose, par l’intuition, je me transporte au cœur de la chose et je la comprends intégralement. Il existe évidemment de fausses intuitions qui sont de véritables illusions, provenant des fantasmes de notre subconscient. On plonge alors dans le domaine des fantasmagories, on reconstruit le monde suivant nos peurs et nos désirs. La pensée, tant discursive qu’intuitive, s’efforce à l’impartialité. C’est pourquoi, parfois, les vrais rationalistes finissent par rejoindre, après un long cheminement, ce que les intuitifs ont découvert immédiatement avec le coup d’œil de l’aigle. Descartes et Platon se rejoignent dans l’unique Vérité.
François Brousse
Revue BMP, N°121, avr. 1994
Krisnamurti nous dit en trois mille mots qu’il ne faut pas employer les mots. C’est la révolution du silence. C’est le paradoxe d’un grand Maître. Je pense au contraire que les mots nous mettent en rapport avec les concepts qui sont des manifestations de l’Intelligence Cosmique.
Il faut, au-delà des apparences matérielles, trouver le cœur du principe. L’axiome éternel et le Soleil des soleils métaphysique sont le but recherché par le mage. Il rejette toutes les théories visant à supprimer l’exercice de la raison et de l’intuition.
Il convient de connaître toutes les philosophies afin de découvrir dans leur forêt la pierre précieuse que Dieu y a enfouie pour la joie du chercheur.
François Brousse
« Réponse à un contradicteur » dans Revue BMP N°50, oct. 1987
La philosophie de la connaissance
Le propre de la philosophie de la connaissance est la tolérance.
Elle accepte que tous les esprits n’aient pas le même âge mental, et quand un matérialiste la couvre d’insultes, elle pense que cet enfant mal élevé comprendra plus tard. Les empereurs romains ont persécuté les chrétiens, les catholiques, les hérétiques ; les dogmatiques matérialistes persécutent les spiritualistes. La philosophie de la connaissance se garde bien de persécuter qui que ce soit. Il existe des intelligences renfermées dans l’obsession du mal, il existe d’autres intelligences diluées dans une vision d’optimisme béat. Les uns se croient en enfer, les autres proclament l’âge d’or. Les premiers voudraient vous plonger définitivement dans un désespoir absolu, les autres voudraient vous faire croire que le monde actuel est parfaitement bon. La philosophie de la connaissance évite ces deux excès, et comprend la dualité fondamentale d’une vie qui évolue à travers l’ombre et la lumière.
Quelles sont les origines de cette manière de penser ?
Cosmos vivant, relations entre le monde et l’homme, puissance magique de la pensée… Tous ces trésors se retrouvent dans la plus ancienne de toutes les civilisations, l’Inde, maîtresse à la fois des rituels sacrés et des métaphysiques transcendantales. De l’Inde, après avoir traversé la Babylonie, la Perse, l’Égypte, la Grèce, Rome, le Moyen Âge et la Renaissance, ce torrent de forces est en train de s’épanouir sous les cieux du XXe siècle. Il a pris des formes différentes : la Gnose, la Kabbale, la science des nombres, la science des étoiles, les arts divinatoires, l’alchimie, les médecines de l’invisible, l’esprit de prophétie, et même la magie sexuelle.
François Brousse
« La philosophie de la connaissance » dans Revue BMP N°4, sept. 1983
OPPOSITIONS OU COMPLÉMENTS
Les noirs prophètes de la Bible
Le souffle embrasé du Koran,
Les Védas aux profonds torrents
Sont pleins d’enseignements terribles.
Les cent‑huit livres du Bouddha
Grondent de puissantes stridences ;
Les ailes de Milarépa
Prennent le cosmos dans leur danse ;
Mais, indomptés, les philosophes,
Berkeley, Voltaire, Bergson,
Hugo, dans l’ouragan des strophes,
Plus haut que les hautes leçons,
Victorieux des apostrophes
Modulent, parmi les frissons,
Leur inaltérable chanson.
18 février 1990
François Brousse
La Rosée des constellations, Clamart, Éd. la Licorne Ailée, 1991, p. 204
Un grand penseur, le seul grand penseur peut-être du catholicisme traditionnel, je veux parler de Blaise Pascal, a écrit dans ses Pensées – qui ne sont que des membres épars de la vaste statue qu’il voulait édifier à la gloire du christianisme – cette phrase : « Le Dieu des philosophes et des savants, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. »
Beaucoup se sont extasiés là-dessus. On se demande pourquoi ! Ils se sont plus ou moins expliqués en déclarant que le Dieu des philosophes et des savants était un dieu abstrait, incorporel, vague, nébuleux alors que le Dieu d’Isaac et de Jacob était un dieu concret, vivant, qui parlait aux êtres humains. Cela est peut-être exact. Mais, même si c’est vrai, on se demande avec inquiétude pourquoi il faudrait admirer un dieu qui parle à trois bonshommes plus ou moins ignorés, bien que leur réputation soit mondiale, plutôt qu’un dieu qui parle à l’Intelligence universelle, c’est-à-dire le Dieu des philosophes et des savants, qui parle à l’intelligence, qui parle au mental, qui parle à l’intuition, au-delà des petites particularités humaines. On est un peu affolé quand on regarde le Dieu des religions, non seulement affolé, mais aussi révolté ; il n’existe peut-être pas de livre plus affreux, si nous restons sur le plan littéral strictement, plus inconcevablement étroit, que les prétendus livres sacrés quand on n’en connaît pas la clé kabbalistique. Or le propre des croyants est de n’en rien connaître, ils prennent les choses à la lettre. Je répète cette vieille phrase de saint Paul : – La lettre tue et l’esprit vivifie.
Elle est parfaitement exacte quand il s’agit des religions et toutes les religions que je connais me paraissent inférieures et indignes, si l’on peut dire, de la grandeur de Dieu, à moins qu’on les interprète à travers des clés kabbalistiques et à travers des symboles universels.
[…] Il faut constater que tous les philosophes ont été tolérants, alors que la plupart des religions, et je serais tenté de dire toutes, ont été intolérantes. Pourquoi ? Peut-être parce que le Dieu des philosophes plane dans l’azur de la compréhension universelle, alors que le Dieu des religions est obligé d’imposer, par la puissance, ses théories souvent absurdes et déplaisantes.
François Brousse
Philosophies, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2011, page 195-196 et 201
Il faut étudier les grands philosophes, il y en a vingt-deux. Enfin, il faut étudier les plus grands : Platon, Plotin, Kant, Bergson…
François Brousse
Entretien, 18 mars 1992, dans BMP N°176-177, mai-juin 1999 (Première partie) et dans BMP N°179, juill. 1999 (Suite et fin)
Que faire pour vaincre le doute ?
Il faut prendre les vérités face à face et les examiner sous l’angle de la méditation quotidienne. La meilleure est, à mon avis, celle‑ci :
Prendre sept grands livres inspirés (par exemple, les œuvres de Salomon, Le Cantique des Cantiques, Les Proverbes, l’Ecclésiaste, La Sagesse de Roumi, les Distiques, les Védas, le Zend‑Avesta, les ouvrages des grands auteurs, poètes, philosophes ou métaphysiciens tels que Pythagore, Plotin, Platon, Ulrich de Mayence ou Nostradamus, Victor Hugo, etc.) et méditer un quart d’heure par jour sur une de ces pages inspirées.
Quand je dis un quart d’heure, ce n’est pas limitatif. Vous avez par exemple, Les Contemplations et vous envoyez une pensée d’amour à tous les êtres et une autre à l’auteur, Victor Hugo, en lui demandant de vous donner l’illumination. Après quoi, vous lisez pendant cinq minutes et vous réfléchissez et méditez pendant dix autres minutes sur le sens profond de ce que vous venez de lire.
François Brousse
« Les trois purifications », Pâques 1976, Perpignan dans Revue BMP N°62, nov. 1988
Après le règne humain, viendra le règne surhumain, comme l’ont proclamé solennellement le sombre Nietzsche et le resplendissant Hugo.
Nietzsche fait du surhomme une peinture mutilée et terrible ; il aura cet ultime fruit des forces : la volonté, le courage, l’intelligence, le sens esthétique et, malheureusement, l’absence d’amour, la cruauté implacable. Vision absurde ! Hugo, bien avant Nietzsche, en avait donné une esquisse bien plus conforme aux lois divines. Le surhomme possédera la puissance, la sagesse, la création poétique et artistique, l’amour, l’esprit de prophétie et l’union avec l’âme du monde. Le talisman de la bonté couronne le Mage. Ces exemplaires de surhumanité existent déjà sur la Terre ; ce sont les grands poètes, les grands philosophes et les grands scientifiques, triple cohorte dont le génie illumine l’histoire. Ils forment les germes de la race future.
Eux‑mêmes constituent la cime du monde, ceux que les gnostiques nomment les Spirituels. Au‑dessous, la zone intermédiaire, les Psychiques, les croyants sincères d’une religion quelconque, absorbés par l’idée de leur propre salut et pratiquant plus ou moins la morale altruiste. Ils ont, parfois aussi, des rapports avec les saints, les morts et les anges, mais ces éclairs de lucidité sont d’une rareté extrême. Au plus bas de l’échelle grouille la masse innombrable des Corporels, pour qui seule la chair existe et qui vivent uniquement de sensations, dans l’ignorance de l’amour et de la pensée.
François Brousse
« La vérité sur les maîtres de l’Aggartha » dans Revue BMP N°6, nov. 1983
Les philosophes du XVIIIe siècle, Voltaire et Rousseau, sur lesquels on a tort de jeter une chape de méprisant oubli, furent soulevés par l’immense idée de la religion naturelle. Ils conçurent Dieu comme la raison vivante du monde et comme l’essence de la justice absolue. Ils virent dans l’homme le fils prédestiné de Dieu. Ils placèrent le sens moral dans l’amour pour l’humanité. Enfin, ils rejetèrent les barrières que les hiérarchies ecclésiastiques dressent entre l’homme et Dieu.
Toutes ces idées hautes comme des tours, belles comme des anges, brillent d’une justesse d’acier. Elles réagissent contre l’abrutissement où le ritualisme précipite les peuples bêlants. Et ces merveilles jaillissent, comme des sources sacrées, des cavernes élevées de la raison humaine. Elles constituent la révélation naturelle. Il suffit à l’homme de rentrer en lui-même pour entendre chanter ces fontaines d’azur.
Confucius disait déjà, dans la vieille Chine tournoyante de méditations : « La perfection est l’œuvre du ciel, se perfectionner est le devoir de l’homme. » Le sage antique monte même plus haut, jusqu’à la zone où resplendit la morale chrétienne : « Rendre le bien pour le mal, c’est la suprême bonté d’un homme généreux. Mais, Confucius, admirable législateur, ignorait volontairement l’éternité métaphysique où, comme des aigles ivres de feu, plongent les esprits téméraires. Il sentait pourtant, car le génie flaire le génie, la prodigieuse intuition du rêveur Lao Tseu, son contemporain. Il la sentait, sans la comprendre, avec une sorte d’effroi sacré :
J’ai vu Lao-Tseu, mais après l’avoir vu, je le connais aussi peu que je connais le dragon. Les oiseaux fendent les airs avec leurs ailes, les poissons nagent dans les eaux, les quadrupèdes frappent le soi du pied, je sais comment tout cela se fait ; mais, pour ce qui est du dragon, j’ignore comment il peut descendre des nues et y remonter ensuite. Je saurais prendre des oiseaux au filet, des poissons à la ligne, et abattre de mes flèches des quadrupèdes, mais je ne connais aucun procédé pour atteindre le dragon.
Cette page curieuse, qu’il faut prendre uniquement au sens symbolique, nous montre la perplexité d’un initié de l’Air, maître du mental, devant l’initié du Feu, maître du super-mental. Confucius, dominateur du Quadrupède-Terre, du Poisson-Eau, de l’Oiseau-Air, n’a pas l’envergure suffisante pour dompter le Dragon, image du feu cosmique. De même, pour enserrer la totalité vivante, la religion naturelle doit être complétée par la croyance aux esprits des morts et aux facultés transcendantes de l’âme. Il faut réconcilier Voltaire et Allan Kardec.
François Brousse
« Révélation naturelle et révélation chrétienne » dans Revue BMP N°96-97, janv.-févr. 1992
Le véritable poète contient toujours un immense philosophe, car la Réalité absolue se saisit avant tout par un éclair de magnifique intuition.
Le Vrai n’est pas une abstraction exacte et morne, une sorte de polyèdre inerte dont on compte les faces avec une loupe à fort grossissement, mais un être vivant, tangible, un organisme de lumière, un archange en quelque sorte, un univers animé, de même que le monde matériel. La nature a toujours des formes et des couleurs. Dieu serait-il moins splendide que sa création ? L’absolu serait-il laid, affreux, horripilant, devant l’ivresse et le flamboiement du relatif ?
Le beau serait-il l’ennemi acharné, implacable du vrai ? Tout ce qui grandit et illumine serait-il un mensonge, et le certain résiderait-il dans le tarissement des sources prodigieuses ? Les chiffres formeraient-ils l’aile des grands chercheurs ? Faut-il absolument ennuyer pour épandre d’ardentes vérités ?
Beaucoup voudraient le faire croire, qui hurlent : le mathématicien sait toujours ce qu’il dit, le poète jamais ! Ayant sué les particules de ce caillou, ces nains intellectuels s’assoient dessus, comme dans leur triomphe. Malgré ces cris d’oie, regardons :
Le Vrai est une perfection, le Beau est une perfection. Ils doivent donc s’épouser en Dieu, l’éternel centre de l’abîme.
Pourquoi l’homme, qui a conçu le Beau et le Vrai, ne pourrait-il les unir sous la voûte de son crâne ?
Mais, objecte-t-on, l’expérience prouve que jamais ces deux puissances ne se nouent dans l’homme. L’expérience prouve exactement le contraire. Les plus grands philosophes, Platon et Kant, avaient une fenêtre pleine de soleil dans leur âme. Pour Platon, nul ne me contredira sans contredire l’évidence, pour Kant, je ne veux comme illustration que son épitaphe, « Le firmament étoilé au-dessus de ma tête, la loi morale au fond de mon cœur », digne d’un contemplateur de Dieu.
Quel est, de l’avis unanime, le plus vaste penseur de notre époque ? Bergson. Il fourmille de métaphores. J’irai plus loin. J’affirme qu’il est impossible à un génie quelconque d’être génie sans ressentir et propager le frisson du Beau, au moins par éclairs.
D’après Kepler, tout est vivant : « L’âme des astres est cause de leurs mouvements et de la sympathie qui unit les astres entre eux ; elle explique la régularité des phénomènes naturels. » Newton appelle l’espace le cerveau de Dieu et a écrit le commentaire de l’Apocalypse. Flammarion illumine d’une torche ardente l’illimité des globes d’or, et fait de l’astronomie un véritable pontificat.
François Brousse
« Le beau, le vrai, l’âme » dans Revue BMP N°147, oct. 1996
Dieu à travers les grandes philosophies
Si les religions, comme une troupe de chanteurs disciplinés, jettent, lorsqu’il s’agit de l’Être suprême, le même air triomphal de délire et de joie, les philosophies, plus contestataires, font entendre un concert de voix contradictoires. Le sphinx éternel les écoute et sourit.
Il convient d’abord de choisir les grands systèmes qui, par leur cohérence et leur profondeur, méritent le plus d’admiration. Commençons par payer un tribut, peut-être trop lourd, à l’actualité, qui adore, d’un élan farouche, trois géants au visage convulsé : Marx, Nietzsche et Freud.
Revenons ensuite aux fontaines de l’aurore, aux vastes penseurs de l’Antiquité gréco-latine, au commencement de l’audace humaine ! On doit retenir Pythagore, Platon, Aristote, Lucrèce, Sextus Empiricus et Plotin, de l’extase des nombres à l’union mystique avec l’Un-sans-Second. Cela fait déjà une neuvaine de génies.
Sautons par-dessus le Moyen Âge, plein de cœurs ardents mais vide de cerveaux créateurs, et ouvrons la porte sonore de la Renaissance. Ne prenons que deux sublimes logiciens : Campanella et Giordano Bruno. Nous avons beau restreindre notre choix, que de trésors brillent à nos yeux !
Le seul XVIIe siècle nous donne généreusement Francis Bacon, Descartes, Leibnitz, Spinoza et Locke. J’en passe et des meilleurs…
Le XVIIIe siècle continue avec la même ardeur : Berkeley, Kant, Fichte (j’écarte ceux qui peuvent faire double emploi comme Diderot, Voltaire, Hume.) Cela fait déjà dix-neuf philosophies, vêtues de gloire et de lumière.
Maintenant franchissons le seuil du XIXe siècle. Schelling, prêtre de l’absolu, Hegel, pontife, dont le clair regard contemple l’élan du devenir nous accueillent. Ils sont bientôt rejoints par Auguste Comte, pape du positivisme et Spencer, prophète de révolution. Ajoutons enfin Henri Bergson, dont le clair regard contemple l’élan vital.
Vingt-quatre colosses pensifs. Les vingt-quatre heures de la journée du rêve et de la pensée ! On pourrait même évoquer les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse. […]
François Brousse
Article intégral dans
« Dieu » dans Revue BMP N°262-264 – janv.-mars 2007
La poésie est la métaphysique qui parle au cœur et la métaphysique est la poésie qui parle à l’esprit. Au fond, c’est la même chose sous deux noms différents, ce qui fait qu’inévitablement, tous les grands poètes sont de grands philosophes et inévitablement, tous les grands philosophes sont de grands poètes.
François Brousse
Entretien, 20 oct. 1993
La sphère des idées
L’homme, englué dans les boues tyranniques, aspire à la royauté des étoiles.
Il porte en lui les formes animales et les rayons archangéliques. Pascal a vu ce mystère. Il a mis sa puissante main sur ce nœud vital.
Mais il se trompe en expliquant le mystère humain par les dogmes du seul christianisme. Toutes les religions expliquent l’énigme.
Et parmi les philosophes, Platon, de son œil royal, contemple le vrai séjour des âmes, la sphère des Idées, d’où les âmes tombées, enfermées dans la cage des corps, ont emporté une nostalgie exaltante.
Les grands métaphysiciens
Siva représente une autre lignée de géants, les grands métaphysiciens, les philosophes qui montent sur le haut du cosmos et sont capables de tout comprendre, de tout expliquer et de tout approfondir. C’est Spinoza dans un certain sens, Aurobindo Ghose, Bergson dans un autre, Pythagore, Platon, Plotin, tous les néoalexandrins, tous ceux qui arrivent par leur puissance magique, par l’ampleur de leur esprit, à comprendre les rouages de l’univers. […] Siva représente dans un certain sens l’esprit universel.
François Brousse
Poésie langage de l’âme, Vitrolles, Éd. de la Neuvième Licorne, 2008, p. 62
Les Pères de l’Église
Les premiers philosophes du christianisme, les Pères de l’Église, furent des penseurs lumineux dont les écrits reflètent, non les dogmes catholiques, mais l’universelle vérité.
La religion des Mages palpite dans leurs pures croyances. De nos jours, les prêtres ont perdu le goût de ces profondes eaux primitives.
François Brousse
Dans la Lumière ésotérique, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1999, p. 188
On pourrait croire que l’humanité traverse quatre phases, correspondant aux quatre initiations fondamentales :
Un humain, dans le cercle des âges, commence par être athée, c’est la phase vitale.
Il devient ensuite croyant, avec les anges et les démons, c’est la phase astrale.
Il monte d’un degré dans les régions de l’intelligence à la recherche du Vrai, c’est la phase du philosophe.
La quatrième métamorphose est celle du prophète qui incarne Dieu sur la Terre.
Existe‑t‑il une cinquième phase, la rentrée dans l’absolu ? Elle ne peut se réaliser que dans les mondes subtils.
François Brousse
Revue BMP, N°84, décembre 1990
Quand le philosophe revient de ses longs voyages métaphysiques, il doit se replonger voluptueusement dans l’orgie des couleurs, des parfums et des sons que lui offre la Terre vivante. Il y va de son équilibre.
François Brousse
Revue BMP N°100, mai 1992
Extrait
Où est la métaphysique dans la poésie ?
Mais partout. Lorsque, par exemple, vous êtes en train de regarder un poème et que ce poème vous donne une notion d’infini, vous touchez immédiatement à la métaphysique ; attendu que le propre de la métaphysique, c’est l’Infini. S’il vous donne une impression de renaissance vous touchez encore à la métaphysique. La métaphysique contient l’Infini, contient la Renaissance, contient l’Éternité, contient l’Absolu.
Et c’est très exactement ce que contient la poésie. Seulement, au lieu de s’adresser uniquement à l’intelligence, elle s’adresse en même temps à l’intelligence, au cœur et à la transcendance. La poésie est parfaite et ceux qui arrivent à la connaître intensément sont les grands prêtres de l’Éternité ; les autres ne sont que de petits enfants de chœur. C’est pourquoi la poésie et la métaphysique se confondent. Il n’y a jamais opposition entre les grandeurs. Quand vous pensez à Dieu, vous pensez à l’Être éternel, Il l’est ; vous pensez à l’Être infini, Il l’est ; vous pensez à l’Être parfait, Il l’est ; vous pensez à l’Être absolu, Il est tout ceci et en même temps, Il est Dieu. De la même manière, la poésie est toute la métaphysique et toute l’infinité.
François Brousse
23 nov. 1991, dans BMP N°176-177, mai-juin 1999
Quand on demandait à Diogène son lieu d’origine, il répondait : – je suis citoyen du monde. La famille ne trouvait pas grâce devant ses yeux, et il préconisait la communauté des femmes. On connaît le fameux dialogue avec Alexandre. Le vainqueur de l’Asie se penche sur le tonneau du philosophe et dit au maître du logis
– Je suis le grand roi Alexandre
– Et moi, je suis ce chien de Diogène
– N’as‑tu pas peur de moi ?
– Es‑tu bon ou mauvais ?
– Je suis bon.
– Alors pourquoi veux‑tu que je craigne un être bon ?
– Diogène, tu me plais ! Mais tu es bien mal logé dans ce tonneau. Je peux t’offrir des palais pleins d’esclaves et de meubles précieux.
– Qui est le plus riche ? Celui qui jouit du soleil et des étoiles, ou celui qui bondit de bataille en bataille, et de conquête en conquête, sans jamais satisfaire ses immenses ambitions ?
– Tu refuses la richesse ! Mais puis‑je quelque chose pour toi ?
– Ôte‑toi de mon soleil !
Alexandre, homme supérieur, sourit et se retira. Il dit à ses courtisans indignés : – Si je n’étais Alexandre, je voudrais être Diogène !
Tous deux, le cynique et le conquérant, moururent le même jour. Mais c’est Diogène qui est assis à la droite de Dieu.
François Brousse
La Trinosophie de l’étoile Polaire, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1990, p. 200
La marque des philosophies profondes est le talisman de la joie. Nous nous sentons immortels et nous savons que la vie s’élève inévitablement vers la Perfection. Tous les êtres viennent de Dieu et retournent à Dieu. Mort, matière, mal, douleur, ce n’est qu’un jeu d’apparences, une écume sur la face des mers.
François Brousse
Revue BMP, N°153, avr. 1997
Si le déisme philosophique avait pu remplacer le vieux catholicisme, les hommes, libérés de la peur de l’enfer et des oppressions cléricales, auraient fait un bond prodigieux en avant.
Malheureusement, ils n’étaient pas encore prêts. Trop de violence aveuglait leurs yeux funèbres.
De nos jours, la cécité oscille entre le matérialisme desséchant et l’absurde foi.
La vérité resplendit ailleurs.
François Brousse
Revue BMP N°113-114, juin-juill. 1993
LIBÉRATEURS
Ne craignez pas les philosophes,
Ce ne sont pas de lourds pédants
Cachés sous de roides étoffes ;
Ne craignez pas les philosophes.
Leurs pensées sont d’ardentes strophes
Qui chantent le Vrai transcendant.
Le mystère les apostrophe,
Ils dévorent à pleines dents
L’imprévisible et l’évident.
Ils sont les archers du Grand Sophe,
Roi d’Orient et d’Occident.
Le dehors comme le dedans
Alimentent leurs antistrophes.
Platon, Plotin ou Buridan,
Ils sont pareils à saint Christophe
Qui transporte un feu fécondant.
Lisez les puissants philosophes,
Ces libérateurs transcendants.
28 octobre 1989
François Brousse
La Rosée des constellations, Clamart, Éd. la Licorne Ailée, 1991, p. 147
Soyez docile devant Dieu et fort devant les hommes.
Mais confondre le Dieu des religions et le Dieu des philosophes est une erreur cosmique.
François Brousse
Revue BMP, N°184-185, janv.-févr. 2000
PHILOSOPHE
Le philosophe rêve au bord de l’infini.
La contemplation est mère du génie.
D’une seule gorgée j’avale tous les mondes
L’esprit est le seigneur des mers les plus profondes.
Le bouvreuil a séduit la volage fauvette
Car dans son œil joyeux l’énigme se reflète.
L’aigle noir à tête blanche aime les âmes.
Vers les ports de l’azur voguons à toutes rames
La flamme en dévorant les astres devient Dieu.
Rien ne peut effrayer l’explorateur des cieux.
La haine est clairvoyante et l’amour intuitif
Une tombe ignorée brille à l’ombre des ifs.
Je ne sais pas, j’ignore, en ignorant je sais.
Je sens sur moi le souffle ardent des trépassés.
Le front de la Jungfrau est le nid des étoiles
La lumière invisible a rejeté ses voiles.
Dieu respire à travers le frisson des soleils
Je vois dans la ténèbre un océan vermeil.
Une vierge aux yeux fous me présente un dictame.
L’homme qui court libre, c’est peut‑être mon âme.
L’aboiement des chiens noirs s’efface dans l’espace
Et leur fureur n’est plus qu’un duvet de rapace.
10 septembre 1995
François Brousse
La Rosée des constellations, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1991, p. 133
Le déisme, arche pure qui admet un Dieu en dehors de toutes les religions révélées, brille et flamboie dans nombre d’esprits supérieurs, comme Locke, Voltaire, Rousseau.
Le déisme souleva, illumina, féconda la pensée du XVIIIe siècle. Cette doctrine se rencontre toujours dans une quantité d’esprits libres, qui forment une sorte d’Église sans hiérarchie, unie par la même conception du monde. […]
Dieu, cause éternelle du monde, intelligence, volonté, bonté, mystère infini, voilà ce qu’admettent les déistes. Foi grandiose, qui vaut bien le christianisme ! Sur les hauteurs, les aigles, baignés de soleil, se rejoignent.
François Brousse
« Dieu » dans Revue BMP N°262-264 – janv.-mars 2007
L’artiste s’éblouit, le philosophe s’illumine. Le premier se vautre dans les splendeurs, le second plonge au cœur de la clarté. L’homme transcendant est à la fois éblouissement et illumination.
François Brousse
Revue BMP N°211-212, mai-juin 2001
Chaque lame majeure est comme un miroir où passent les visages de la religion et de la philosophie.
I – Le Mage. La gnose, la libération par le Savoir.
II – La Porte du Sanctuaire. La femme qui médite le Livre. La Christian Science.
III – Isis‑Uranie. Couronnée d’étoiles, c’est la Religion de Pythagore.
IV – La Pyramide. La religion d’Hermès Trismégiste.
V – Le Grand Hiérophante. Le Pape, la religion catholique.
VI – Les deux Routes. Le Bien et le Mal. La doctrine zoroastrienne.
VII – Le Char de Krishna – La Baghavad‑Gita, l’Hindouisme.
VIII – La Pesée des âmes – La justice implacable, le Lamaïsme.
IX – La lampe voilée. La Prudence à pas rationnels, le Confucianisme.
X – La Roue des Siècles. L’Éternel retour. Le masque puissant de Nietzsche.
XI – Le Lion Vaincu. Le Déisme philosophique, terrassant les superstitions.
XII – L’Arbre mort. L’écroulement d’un monde. La religion Inca
XIII – Le Squelette Faucheur. Les Mystères de l’Au‑delà. Le Spiritisme.
XIV – Le Génie Humain. Le mélange du Yang et du Yin. Le Taoïsme.
XV – Le Sceptre de Sivâ : c’est à la fois, mais dans des plans différents, le tantrisme et les sectes lucifériennes.
XVI – La Tour Décapitée par la Foudre : une doctrine détruisant toute autorité. Krishnamurti.
XVII – L’Étoile des Mages : le Culte des Idées, Platon, Hugo.
XVIII – La Reine du Silence : La Lune, qui protège le cimeterre de Mahomet.
XIX – Le Grand Soleil central : Manès sans doute, mais aussi Saint‑Germain.
XX – La Tombe ouverte. La Résurrection. Les Témoins de Jéhovah.
XXI – La Vierge du Monde : le Bouddhisme Mahayaniste, avec la Vierge Kouen‑Lin. La Théosophie.
XXII – Le Crocodile : le Cynisme. Diogène, qui prétend briser tous les liens d’ordre social.
François Brousse
La Trinosophie de l’étoile Polaire, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1990, page 112-113
Connaissance
Ils ont créé d’ardents chefs-d’œuvre
Les maîtres du savoir divin
Ils ont dénoué les couleuvres
Qui fourmillaient sur leur chemin.
Leur flèche a percé les pieuvres,
Ils ont lu le grand parchemin,
L’étoile admire les manœuvres
De leur navire surhumain.
Musiciens, mages, philosophes,
Dompteurs de l’océan des strophes
Consolateurs des sombres jours
Vous êtes l’espoir de l’aurore
Les astres existent encore
Par le souffle de votre amour.
13 août 1990
François Brousse
La Rosée des constellations, Clamart, Éd. la Licorne Ailée, 1991, p. 230



