Un sage de bonne compagnie

François Brousse, poète et philosophe (1913-1995)

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Revue France-Inde N°9

Pierrefitte-sur-Seine, 26 janvier 1953

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François Brousse un sage de bonne compagnie

Chaîne dédiée à la pensée et l’œuvre du poète et philosophe François Brousse (1913-1995)

François Brousse un sage de bonne compagnie
Sommes-nous responsables de notre inconscient ?
F.B. : Nous sommes responsables du conscient, de l'inconscient et du surconscient. 

Complètement responsables ?
F.B. : Nous sommes complètement responsables, car notre inconscient nous l’avons créé, nous l’avons créé dans le passé. Nous avons un inconscient très fort. Il existe parce que, dans les vies antérieures, nous avons voulu qu'il existe, par exemple en rejetant la recherche intellectuelle. C'est le péché originel, si j'ose dire, de tous les faux maîtres qui déclarent qu'il ne faut pas être intellectuel, surtout qu'il faut le rejeter. Être intelligent leur fait peur ! On le conçoit puisqu'ils n’en ont aucune, d’intelligence ! Je m’excuse, je suis brutal.
Il faut traverser plusieurs paliers. D’abord traverser le palier physique, il faut, j'allais presque dire, être athée ; puis, le palier des croyants : on croit alors à une religion quelconque ; puis le palier des métaphysiciens, ils arrivent à être admirables ; et au-delà des métaphysiciens, il faut aboutir au palier des intuitifs. Il faut donc traverser tous les paliers et nous devons par conséquent traverser l'intelligence, le plan mental si vous voulez. D’une manière plus précise, si vous préférez, il faut d’abord traverser le plan physico-éthérique ; puis, développer le plan astral par des émotions infinies ; puis, au-delà, le plan mental par l'intelligence, et au-delà du plan mental, nous avons le plan supramental qui est le propre de l'intuition et de la vie cosmique. Mais il faut traverser inévitablement le plan mental.

L’inconscient se situe au niveau du plan mental ?
F.B. : L'inconscient est au-dessous, il est sur le plan astral et même, souvent, sur le plan purement éthérique. Mais cet inconscient qui est sur le plan éthérique et astral, nous l’avons créé dans des vies antérieures et s'il domine notre conscient, c'est parce que nous l'avons voulu. Nous disons toujours : « Moi, je me fie à mon instinct. » C’est très bien ! Seulement, il s'agit de savoir si notre instinct est bien une véritable intuition ou bien, simplement, un fantasme jailli de nos désirs et de nos craintes. La plupart du temps, c’est cela. Nos désirs et nos craintes arrivent à nous faire croire que c'est notre intuition qui parle, alors que c'est simplement notre inconscient tel que nous l'avons créé en rejetant l'intelligence et l'intuition dans des vies antérieures.

Est-ce que la naissance du supramental peut se faire sans douleur ?
F.B. : Je l’espère. La naissance du supramental se fait à partir du mental et parfois, à travers une certaine douleur : la douleur de ne pas comprendre l'univers, la douleur du doute, la douleur de l'épouvante. Cette douleur doit être absolument supprimée et nous arrivons à la naissance du supramental. Il peut naître tranquillement dans l'amour, la sagesse et la beauté. Par la contemplation des grands textes divins, par la contemplation des œuvres de génie et aussi par la contemplation de la splendeur du monde, le supramental peut naître. En somme, il suffit d'être non-violent, végétarien, de rencontrer un Maître, d'avoir une confiance absolue en lui, pour que le supramental naisse en notre cœur. Nous sommes là pour qu'il naisse. Nous sommes les berceaux de Dieu. Dieu nous prend, prend notre cœur comme son berceau et c’est de là qu’il va jaillir à la Lumière infinie. Nous sommes-là pour cela. Quand nous créons le supramental, nous faisons la volonté de Dieu. Ceux qui n'arrivent pas à le créer sont encore dans le doute et l’effarement, mais, tôt ou tard, Dieu qui triomphe de tout finira par naître dans leur cœur et dans leur cerveau – le cerveau éthérique et astral et non pas le cerveau physique. L’erreur énorme est de croire que le cerveau physique est à l'origine alors qu'il est simplement l'instrument de notre âme qui a joué d'abord à travers les temps, à travers le sexe, puis à travers le cœur, l'émotion, puis à travers le cerveau, et elle jouera au-delà. D’ailleurs, on peut voir à travers les âges cette curieuse transformation. Les peuples primitifs croient volontiers que leur âme est dans le sexe ; après, ils croient que leur âme est dans le cœur ; à présent, nous croyons plus ou moins que l'âme est dans le cerveau. En réalité, elle est au-dessus, dans le Brahmarandra ; et de là, elle peut descendre à travers toutes les cascades de notre conscient et de notre inconscient.

Est-ce la même chose pour le subconscient ? En est-on responsable aussi ?
F.B. : Oui ! On est responsable de tout. Nous sommes responsables de notre ignorance, parce que nous l’avons créée dans des vies antérieures. Nous n’avons, après tout, qu’à combattre notre inconscient que nous savons tout à fait infernal. 

As-tu une méthode ?
F.B. : Par exemple, si on a souhaité tout le mal possible à son ennemi, on lui envoie des pensées d'amour, de manière à lui souhaiter tout le bien possible.

Entretien, 30 juin 1990 (Extraits)
Entretien François Brousse - 30 juin 1990 - Inconscient – Supraconscience – Intelligence
Rudolf Steiner était il un maître ?
F.B. : Je crois réellement qu'il était un maître. Cependant il plaçait, si je ne me trompe, Jésus au dessus de tous les maîtres et, là, c'était une erreur himalayenne. Jésus était un grand maître c’est certain, Bouddha était un maître aussi grand, Krishna était un maître sans doute plus grand encore. Il y a donc une multitude d'erreurs dans Steiner, mais, à part ce détail, on peut considérer que ce fut un grand maître. Tous ne sont pas parfaits, loin de là !
[…]

Peut on dire que l'humanité n'a que les maîtres qu'elle mérite ?
F.B. : C'est tout à fait vrai. L'humanité est un être collectif qui a les maîtres qu’il mérite. Pour l'instant, l'humanité a les maîtres qu'elle mérite, c'est à dire, les fous, les dangereux, les exterminateurs, les destructeurs et les torturants. Chacun a les maîtres qu’il mérite ! L'humanité est dans un état de décadence presque absolu. Elle ne peut être que détruite. J'espère qu'elle ne le sera pas. Il suffirait qu'il y ait une série d'êtres purs, végétariens, non violents et qui suivent les préceptes de la Vérité infinie, pour que l'humanité ne soit pas détruite en l'an 2015, malgré toutes les prophéties qui jaillissent du fond des âges. Il n'y a jamais d'absolue nécessité ni de fatalité. On peut toujours se tirer des situations les plus extraordinaires, par un effort qu'il faut qualifier d'extraordinaire aussi.

Cénacle du 27 juin 1992 paru dans le B.M.P., n°158 & 159 – octobre & novembre 1997
Entretien François Brousse - 27 juin 1992 - Rudolf Steiner – Maître – Végétarisme – Non-violence
Entretien avec François Brousse

Que penses tu de la poésie surréaliste ?
F.B. : Elle est admirable en ce sens qu'elle est en dehors du réalisme. Mais le grand maître de la poésie surréaliste est avant tout André Breton si je ne me trompe. Il est arrivé à ceci qu’il a dépassé et de beaucoup les petitesses du surréalisme. Le surréalisme, cela peut être par exemple : je pose mon pied au milieu d'une flaque d'eau et j'ai immédiatement une sensation. Cette sensation nouvelle, inattendue, ferait partie d'une poésie, d'accord ! Mais si je pose mon pied au milieu d'un océan d'astres, j'ai également une autre sensation et cette sensation est peut être bien plus vaste et bien plus profonde. Le surréalisme commence un peu naïvement par le dadaïsme et il finit splendidement par la contemplation des cieux étoilés. Je crois que Breton a commencé effectivement cette évolution, il n'est pas allé jusqu'au bout, mais il n'en était pas très loin. C'est quand même un très grand poète et il aurait pu, je crois, arriver à être le poète essentiel de l'illimité et de l'infini. 

[…]

Est ce que le comte de Saint Germain était un conteur ?
Il a raconté tellement de choses merveilleuses et fantasmagoriques qu'on peut le considérer comme le plus étonnant des conteurs. Ce qu'il dit est toujours très beau, non seulement très beau, mais, en même temps, étonnant, fantastique. Il dépasse de beaucoup la pensée habituelle qui ne va infiniment pas plus haut que le physique, le sensuel et le sensoriel. Donc il est un étonnant conteur. Et il me l'a démontré à chaque instant dans tout ce qu'il a dit, notamment dans ses Mémoires. Dans tout ce qu’il a dit, il parle d'une merveilleuse manière, de façon à raconter sans cesse d'effarantes réalités qui tiennent plus de l'imagination et du rêve que du réel, mais qu'importe. […]

Il a écrit un curieux poème où il dit :

Les temps vont arriver où la France imprudente
Parvenue aux malheurs qu'elle eût pu s'éviter,
Rappellera l'enfer tel que l'a peint le Dante.
Reine, ce jour est proche, il n'en faut plus douter !

Et il déclare qu'il y aura d'effroyables démences qui régneront et il conclut :

Enfin, fermant l'abîme et né d'un noir tombeau
Grandit un jeune lys plus heureux et plus beau .

Ce lys, c'est la poésie et c'est la vision, car en réalité, après la mort du roi Louis XVI et les convulsions révolutionnaires, l'être qui est venu n'était ni plus beau ni plus grand. Ce fut Louis XVIII, intelligent sans doute, mais sans aucune véritable grandeur dans l'esprit. Le lys représente l'ouverture du troisième œil qui se produit au milieu des convulsions du monde. Ceux qui arrivent à voir dans le monde, au delà de ces convulsions, le souffle qui les entraîne vers l'évolution divine, ceux là sont, en quelque sorte, sauvés et ils goûteront le baiser de l'infini, comme je l'ai dit.

Cénacle du 23 novembre 1991 paru dans Revue BMP N°176-177, mai-juin 1999
Entretien François Brousse - 23 novembre 1991 - Poésie – Surréalisme – André Breton – Saint-Germain
Qu'entend-on par soleil noir ?
F.B. : Il y a plusieurs soleils, mais le soleil noir est celui qui existe au-dessous dans le dernier des chakras, le chakra le plus bas qui est en effet un soleil noir. Dans ce soleil noir, il y a la transparence de notre être le plus inférieur et, si nous arrivons à le connaître, la seule puissance de notre regard suffira pour le détruire. C’est évidemment extrêmement difficile. 
Une autre interprétation du soleil noir, c'est en réalité la vision suprême. Lorsque nous arrivons à l'absolu, c'est l'union du yang et du yin, de la nuit et du jour, c'est le soleil noir. La contemplation du soleil noir est la preuve que nous avons atteint l'illumination. C'est ce que Hugo a dit au dernier moment de sa vie : « Je vois de la lumière noire. » Effectivement, cette lumière noire, c'est le soleil noir, c'est le resplendissement, c'est la perfection et l'union de tous les contraires. Nous arrivons à l'unité divine au-delà du temps, de l'espace et de la causalité. Le temps est alors aboli, nous remontons le temps. L'espace est alors aboli, nous ignorons l'espace pour reconnaître l'infini. La causalité est abolie, nous détruisons la causalité pour atteindre à la liberté absolue et suprême. Mais cela, nous le verrons plus tard.

Est-ce que c'est le même symbole que la Pierre noire des musulmans ?
F.B. : Exactement. Les mêmes symboles se retrouvent : la Ka’ba est la Pierre noire des musulmans. Certaines sectes musulmanes ont d'ailleurs dit, à un moment donné, que c’était la pierre autour de laquelle le monde avait été construit, qu'elle était antérieure à l'univers et qu'elle serait ultérieure à l'univers. Quand l'univers sera détruit, subsistera la Pierre noire. 

[...]
Que penses-tu de la puissance et de la gloire ?
F.B. : La puissance sur un plan inférieur, c’est d’avoir la puissance sur les êtres humains grâce à sa position sociale, et la gloire c'est d’avoir la puissance sur les êtres divins grâce à l'éveil du septième chakra, grâce à l'éveil, si l'on peut dire, de l’Être. Comme le disaient d’ailleurs certains sages, notre âme plane au-dessus de notre corps à environ cinquante centimètres au-dessus de la tête. C'est inattendu ! Il suffit de se concentrer sur cet être prodigieux, qui est un soleil resplendissant et infini, pour être en quelque sorte arraché à la tristesse du monde terrestre, car le monde terrestre est triste. Nous sommes un des mondes les plus imparfaits qui soit. C'est là qu'il y a le plus de déments et de démons. Nous en sortirons quand même, car le sage bâtit le paradis au creux même de l'enfer. C'est ce que nous faisons. Si nous arrivons par les respirations, par les méditations et par la concentration mentale à faire une véritable hotte de lumière autour de nous, nous serons sauvés et nous pourrons créer le ciel jusque dans le creux de l'enfer. 

Est-ce qu'il existe une relation entre le soleil noir qui est dans le chakra au-dessous de nos pieds et toutes les énergies telluriques qui montent de la Terre ? 
F.B. : Oui d’accord ! Comme je vous l'ai dit, il y a un soleil noir à l'intérieur de la Terre, un soleil magnifique mais sombre. Autour de ce soleil tournent plusieurs mondes, trois habituellement : le monde des gnomes, le monde des fées et le monde intermédiaire. Ces mondes s'entrecroisent et j'ajouterai que les tremblements de terre proviennent souvent de la non-entente entre ces trois mondes, ce qui fait que, à la fin des temps, ces trois mondes seront dans une telle mésentente qu’un tremblement de terre parcourra toute la planète et que toutes les montagnes s'effondreront. Nous n'en sommes pas encore là, et je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir que nous avons d'être ensemble par cette vision infiniment destructrice de l'univers. 

D'où vient leur mésentente ?
F.B. : Elle vient de ce que chacun veut parfois s'imposer à titre personnel au lieu d'admettre qu'il est une harmonie avec les autres. C’est toujours la fameuse histoire. On ne sait jamais où il faut aller. Surtout actuellement, nous sommes à la fin des âges, nous sommes à la fin du Kali Yuga, et chaque période est plus mauvaise que la période précédente. On en est encore à l’histoire des enfants du Verseau, mais les enfants du Verseau seront pires que les enfants des ères précédentes. C'est mauvais tout ce que je dis là, mais c'est malheureusement vrai et parce que c'est vrai, nous pouvons nous en apercevoir et si nous en prenons conscience, nous pourrons le dépasser. Il suffit de lire le vers de Hugo : « L'œil de Dieu reste ouvert dans l'ombre de mon âme  », et si l'œil de dieu est toujours ouvert, tout s'effacera. Il suffit donc que l'œil de Dieu regarde une imperfection pour que cette imperfection disparaisse. Encore faut-il devenir Un avec l'œil de Dieu. 

François Brousse
Entretien, Clamart, 24 avril 1993 dans Revue BMP N°195 – janvier 2001
Entretien François Brousse - 24 avr. 1993 - Soleil noir - L’absolu – Kali Yuga – l’ère du Verseau
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François Brousse (1913-1995), poète, essayiste, conférencier, penseur français, auteur d’une centaine d'ouvrages : poésie, métaphysique, ésotérisme...

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Lettre d'info mensuelle - La sagesse I/II (Extrait Lettre d'info mensuelle - La sagesse I/II (Extraits)

La marque irrécusable de la sagesse, c’est qu’elle 
conduit au bonheur,
non pas le plaisir passager des mortels,
mais la sérénité profonde, pure, inaltérable,
comme le diamant des cieux.

François Brousse
Revue BMP N°70-71, sept.-oct. 1989

L’intelligence est ce qui comprend et ce qui trouve des solutions nouvelles pour résoudre 
tous les problèmes. 
Quant à la sagesse, elle est, 
en effet, ce qui comprend et qui trouve des solutions nouvelles pour résoudre tous les problèmes, mais elle est aussi l’intelligence 
qui veut illuminer les autres.
Dans le premier cas, l’intelligence veut éclairer 
soi-même ; dans le second cas, la sagesse non seulement comprend tous les grands mystères de l’univers, mais elle veut également éclairer les êtres humains et répandre en eux l’intelligence triomphante qui aboutira à la sagesse.

François Brousse
Entretien, 18 août 1990 

Le carnivorisme s’avère incompatible avec la poursuite de la sagesse. Tout étudiant d’absolu doit s’abstenir des nourritures carnées.
Un homme qui monte vers 
le surhumain ne s’abaisse pas à manger des aliments impurs, basés sur 
le massacre et la souffrance. 

Plantes, fruits, céréales, baignent dans la pureté. Ils ne souffrent pas, n’ayant pas d’âme individuelle. Ils parent de leur innocence la table 
du sage. 

François Brousse
Revue BMP N°106, déc. 1992

Sans l’absurde matérialisme et 
le monstrueux réalisme qui ravagent 
le mental de mes contemporains, 
les mains de l’amour fraternel auraient pu construire un paradis. 

Dans certains mondes privilégiés, 
la technique se met ardemment au service de la sagesse. Et il existe toujours dans le brasier du XXe siècle des nids d’alcyons, des oasis où l’on vénère les trois faces de Dieu : 
Vérité, Beauté, Amour.

François Brousse
Revue BMP N°134-135, juin-juill. 1995

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