Merlin l’enchanteur

Ve et VIIIe siècle

Merlin avait, d’après la légende symbolique, pour père Lucifer, le porteur de la lumière,

et pour mère la druidesse Carmelle, dont le nom rappelle ce que le christianisme a de meilleur :

les extases du Carmel, lieu de réunion de l’initiation luciférienne et de l’initiation christique ;

Merlin brille comme un lac de sagesse infinie.

Contemporain de Mahomet, il est lui même le Mahomet des savoirs magiques. 

 

François Brousse

La Septième Erreur de l’humanité, « III : L’Enchanteur Merlin », Clamart, La Licorne Ailée, 1991, p. 15

 

 

Merlin fut le dernier druide

Il a vécu très longtemps. Il connaissait le secret des prophéties, donc celui de la fin des âges. Il enseigna la force et le génie aux femmes de l’île de Sein. Il connaissait la science des rythmes. Les éléments lui obéissaient. Les rochers de Carnac se sont déplacés eux-mêmes sous son impulsion pour s’aligner impeccablement ! Les toucher donne de la force. Sa devise était : Dieu – Lumière – Liberté.

Il a consacré neuf druidesses avant de disparaître. Son tombeau en tous cas n’a jamais été retrouvé. Il semble s’être fusionné avec la fée Viviane dans un arbre. Il a donné au roi Arthur de Bretagne une épée célèbre appelée « Excalibur », qui est plus française qu’anglaise. 

François Brousse
Entretien, Saint-Cyprien, 16 août 1981

Son nom véritable est, semble-t-il, Ambroise ;

Merlin étant simplement le nom magique et initiatique.

François Brousse
Conf. « L’Enchanteur Merlin », Paris, 13 févr. 1988 

 

L’existence de deux Merlin

À quelle époque a vécu Merlin ?

Immédiatement, on répond vers l’an 450-500 ; un saint est responsable de cette datation. Ce n’est pas une référence absolument certaine ; il s’agit de saint Gildas, […] il est dit que Merlin a vécu à son époque, qu’il est son contemporain et qu’il raconte les merveilles de sa magie et de son génie. […]

Je dirai volontiers qu’il y a eu au moins deux Merlin, comme il y a eu au moins deux saints Paul et au moins trois Jésus.

Le second Merlin aurait vécu vers l’an 700 et même 750. Le premier Merlin était un obscur barde suivant un obscur chef de bataille appelé peut-être Arthus et on n’en est même pas sûr. Le second Merlin serait le conseiller inspiré d’un grand roi ayant vécu en Irlande dont il aurait fait l’unité vers 750. Ces deux Merlin sont donc très différents l’un de l’autre. Néanmoins, ils se ressemblent par leur recherche intrépide de l’absolu à travers la magie.

Merlin est avant tout un enchanteur et un magicien, et je crois que les deux Merlin l’étaient. Le premier n’étant peut-être que l’ébauche du second. Le second Merlin a donc vécu au VIIIe siècle.

François Brousse
Conf. « L’enchanteur Merlin » Paris, 13 déc. 1988

La Bibliothèque nationale, dans le gouffre de ses ouvrages, comprend des prophéties de Merlin, datant du VIIIe siècle. On y contemple le visage d’un authentique prophète, au front cerclé d’énigmes. Il prédit l’arrivée d’hommes exceptionnels, dont l’un, le lion de justice, fait nettement penser à Victor Hugo. Merlin a également annoncé la victoire des Bretons contre les hommes du Nord. Il ne faut pas être grand clerc pour y reconnaître les deux guerres mondiales (1914‑18 et 1939‑45) qui ont consacré la victoire des Anglais et des Français sur l’Allemagne pangermaniste. Il a même poussé l’outrecuidance futuriste jusqu’à nommer en toutes lettres le général de Gaulle. […]

Que deviennent dans cette perspective troublante, le roi Artus et les Chevaliers de la Table
Ronde ? Le roi fut vers l’an 400 un chef de guerre initié par le premier Merlin. Son petit royaume, pénétré de lumière ésotérique, fut grand par le courage et la destinée. Merlin donna au monarque une épée magique où l’enchanteur condensa toutes les forces bénéfiques protégeant le beau pays des forêts et des druides. Il conféra au monarque le titre d’Artus lequel, renversé, donne Sutra. Dans l’atmosphère brahmanique et bouddhique, un sutra est un verset plein de connaissances métaphysiques.

D’autre part les cinquante chevaliers de la Table Ronde ressemblent à s’y méprendre aux cinquante portes de la sagesse dont parlent les textes du Zohar.

Le second Merlin a initié Félix d’Urgel que Charlemagne fit condamner par deux conciles, mais qui mourut dans l’ardeur de sa foi adoptioniste. Jésus n’est qu’un homme adopté comme prophète par le Verbe Éternel, et puisque l’homme Jésus est devenu prophète, d’autres hommes le peuvent aussi.

Le second Merlin a été l’Incarnation du premier et son plein épanouissement.

François Brousse
« Le rêve des douze lunes (13-02-1989) » dans Revue BMP N°65, mars 1989

 

Merlin l’Enchanteur est aussi célèbre en Grande-Bretagne que dans la Bretagne française. Il a rempli le monde de sa gloire.

L’abbé Suger qui, comme vous le savez, a joué un certain rôle dans l’histoire de la France, avait écrit un livre sur Merlin l’Enchanteur qu’il considérait comme l’un des prophètes les plus étonnants, sur le même plan que les prophètes bibliques. Alain de Lille, philosophe du XIIe siècle, avait également interprété les prophéties de Merlin l’Enchanteur. On en trouve par‑ci, par‑là, quelques fragments.

François Brousse
Revue BMP, N°211-212, mai-juin 2002, Conf. « Fragments »

 

Merlin était un barde et un druide d’une connaissance extraordinaire qui a laissé d’admirables prophéties
et qui avait atteint l’Illumination intégrale.

François Brousse
Conf. « Les messies – L’Apocalypse », Prades, 20 mai 1976 

Merlin était né d’une druidesse. Mais qui était son père, l’incube qui a possédé sa mère ?

La version catholique déclare que c’était le diable qui avait une idée très précise. De même que Jésus était né de Dieu d’une manière immaculée, de même Lucifer voulait lui aussi créer un être d’une manière immaculée qui serait son fils répandant la sagesse du diable sur toute la terre. Ce fils fut Merlin.

Comme Merlin était supérieurement intelligent, il comprit que s’il allait du côté de son père, Lucifer, il était battu d’avance, attendu que rien ne pouvait dépasser le pouvoir de Dieu ; par conséquent il abandonna son père pour le Père divin, Dieu, et il combattit son père, le diable, par tous les moyens de ses arts magiques.

Selon une autre théorie, son père serait le génie des forêts celtiques, traversées par tous les vents de l’esprit, où méditaient les sages ; il a pris une forme et a donné naissance à Merlin. Son père étant le génie des forêts, il était normal que Merlin eut la puissance de dominer tous les animaux des forêts, y compris les serpents qui étaient extraordinairement nombreux à travers la Gaule à cette époque. Ils le sont encore, mais avec un peu moins de multiplicité.

Merlin est donc dans l’étrange état d’être un fils sans père ; le père étant assez mystérieux. La druidesse qui l’avait mis au monde risquait d’être tuée attendu qu’elle avait rompu son vœu de chasteté. Les druides s’assemblèrent et à travers leur troisième œil, ils virent quel était le père transcendant de Merlin et, naturellement, loin de condamner à mort la mère, ils l’honorèrent comme une déesse.

François Brousse
Conf. « L’enchanteur Merlin », Paris, 13 déc. 1988

Merlin était à la fois poète, visionnaire, philosophe et prophète

François Brousse
Conf. « La Comète de Halley », Paris, 15 janv. 1986

La première aventure fut la tour de Vortigen.

Le roi Vortigen avait usurpé le royaume d’Irlande ; il avait fait tuer son prédécesseur appelé Moine (Constant). Mais les peuples se soulevaient contre lui en déclarant qu’il n’aurait jamais dû tuer son suzerain, que c’était une infamie et une trahison.

Il eut l’idée de bâtir une tour imprenable où il serait à l’abri de ses ennemis ; mais au bout de la première semaine, la tour s’écroula. Il la refit bâtir la deuxième semaine, et elle s’écroula encore ; il recommença, et la troisième semaine, la tour retomba à nouveau. Il consulta des enchanteurs, ce qu’on appelle des médiums ou des sages qui lui dirent qu’il ne pourrait pas bâtir sa tour, sauf si elle était arrosée par le sang d’un enfant sans père. Ils étaient plutôt des mages noirs, puisqu’ils continuaient à pratiquer les sacrifices humains. On se mit alors à rechercher un enfant sans père.

Merlin était petit, très agité, il jouait avec ses camarades avec lesquels il se prit de querelle. Alors l’un de ses camarades lui dit : « Toi, tu n’as qu’à te taire, tu es un enfant sans père ! » Les enfants de Vortigen qui passaient par là entendirent ces paroles ; ils interrogèrent Merlin qui répondit que son père était une divinité transcendante et invisible. Merlin est emmené devant le roi Vortigen (ou Vertigen : le nom change dans les différentes chansons de gestes et dans les romans bâtis autour de l’enchanteur Merlin). Merlin déclara au roi qu’il n’était pas possible de le sacrifier et que si le roi ne le croyait pas, il n’avait qu’à essayer ! Un archer lui décrocha une flèche qui, sans atteindre Merlin, fit demi-tour et revint vers l’archer qui l’avait lancée. Les autres n’insistèrent pas.

Merlin déclara : – Ici, dans la profondeur, il existe deux immenses dragons, un dragon rouge et un dragon blanc qui se battent. Cette bataille permanente aboutit à cet effroyable remue-ménage. Creusez et vous constaterez que j’ai raison.

En creusant, une bulle d’or fut découverte où deux dragons, un blanc et un rouge, se battaient furieusement. Tantôt le blanc triomphait, tantôt c’était le rouge. Cette bataille impétueuse, orageuse, semblait ne pas devoir finir.

Merlin déclara : – Vous allez vous apaiser, car de toute manière, la victoire reviendra au dragon blanc, le dragon rouge sera absolument vaincu ; ou bien il se laissera égorger, ou bien il rentrera en léthargie.

Le dragon rouge préféra rentrer en léthargie et la bataille s’arrêta !

Et Merlin prophétisa : – Les gens du Nord essaieront de vaincre le peuple prédestiné des Celtes et ils seront vaincu définitivement. Jamais l’île d’Angleterre ne sera envahie et c’est elle qui dominera les nations.

Cette première prédiction a mis un certain temps avant de se réaliser. On a prétendu qu’elle ne s’était pas réalisée, car on pensait qu’il s’agissait de Saxons alors que c »étaient surtout des envahisseurs germaniques qui ont essayé par deux fois d’envahir l’île d’Angleterre en 1914 et en 1939 ; chaque essai s’est soldé par un échec et l’île d’Angleterre a dominé au moins momentanément les nations. Ce fut la première prédiction de Merlin, et la tour fut dressée joyeusement qui montait vers les étoiles.

François Brousse
Conf. « L’enchanteur Merlin », Paris, 13 déc. 1988

L’ŒUF D’OR ET LES DRAGONS

[…]
« Écoutez, dit l’enfant Merlin au clair visage
La fière sphère d’or chantant dans le zéphyr
Est le globe des cieux, des nombres et des âges
Où le Verbe de Dieu ne cesse de frémir !

Les dragons, rouge et blanc, tressant leurs folles rondes
Dans les immensités de l’étang découvert
Sont les deux forces éternelles qui fécondent
Ou brisent sous leurs jeux l’innombrable univers.

Le lac mystérieux tisse les flots d’espace,
Abîme sans rivage où fuit toute rumeur.
Sur son sein infini le vent passe et repasse
Dans chaque onde un cosmos énorme naît et meurt. »

Cependant que l’enfant parlait sous les étoiles
La lune tendrement se leva dans le ciel,
Jetant sur les sommets que les grands chênes voilent
Sa flamme de vertige et son linceul de miel.

Au poing dur des seigneurs des torches s’allumèrent
Rubis sanglants dansant dans l’obscur des hauteurs
Et le roi Vortigern, secoué de chimères,
Tourna ses mornes yeux vers le jeune enchanteur.

François Brousse
Le Chant cosmique de Merlin, Clamart,Éd. La Licorne Ailée,  1995, p. 20

L’épée Excalibur

Merlin se mit ensuite à la recherche du héros qui devait normalement repousser les ennemis ; il le trouva dans la personne du roi Arthus ; là, intervient dans un mystère inattendu, la fameuse épée EXCALIBOR ou EXCALIBUR, créée par Merlin qui savait très bien que chaque nation possède une arme magique qui est le talisman de la nation. […]

L’épée miraculeuse de Merlin a franchi les siècles ; elle fut d’abord celle d’Arthus. Je reste, ou dans la légende, ou dans l’histoire, ou dans une tradition tenant de l’une et de l’autre. Elle a été, semble-t-il, l’épée de Charlemagne, puis celle de Du Guesclin, puis celle de Jeanne d’Arc, et celle du général De Gaulle qui lui a été remise un certain jour de Juin par les maîtres de l’Ordre polaire, et qui lui a été fort utile comme talisman pour vaincre l’envahisseur germanique. […] Cette épée est remplie de forces souveraines, il suffit de la tenir dans ses mains pour sentir une étonnante énergie remplir notre corps. Mais revenons à la légende.

Après avoir créé cette épée, Merlin l’enfonce dans une pierre ou dans un bloc de fer, et celui qui l’enlèverait de là serait le seul à pouvoir régner sur l’Angleterre. Cette pierre se trouvait peut-être dans la ville sacrée de Camelot et tous les grands seigneurs de l’Angleterre tentèrent en vain de l’arracher. Mais Arthus, jeune homme de 18 ans, qui passait par là et qui avait besoin d’une épée, s’approcha seul de la pierre, et retira sans peine l’épée de son socle de pierre. Personne ne voulut le croire et Merlin remit sans effort l’épée dans le bloc d’acier, et il dit ensuite aux seigneurs de retirer l’épée, et tous les grands messieurs habitués aux rudes combats essayèrent encore en vain de prendre l’épée qui refusa absolument de bouger, alors que l’adolescent Arthus l’enleva avec facilité.

Une guerre a failli éclater entre ceux qui acceptaient Arthus comme roi et ceux qui le refusaient. Finalement, on l’accepta, c’est à ce moment que les saxons revinrent en force, mais l’épée en main à la tête de ses armées,

Arthus les repoussa victorieusement. Arthus a probablement existé, on a essayé de l’identifier avec un certain Artorius, général romain qui aurait vécu vers l’an 500, et qui aurait repoussé victorieusement les Saxons. Je pense qu’il s’agit d’un barde et d’un maître infiniment plus puissant.

 

L’initiation de Taliesin

Voilà Arthus maître de la Grande-Bretagne, mais Merlin n’était pas complètement satisfait, […] il fit alors la connaissance d’un super druide appelé Taliesin – nous sommes à la limite entre la légende et la réalité – et qui plus tard devint Victor Hugo.

Ce druide Taliesin lui conféra une formidable initiation reçue dans un dolmen car les dolmens étaient pour les druides, des chambres à initiation ; un étroit logement se trouvait sous la pierre où un homme pouvait se tenir. L’initiation durait habituellement trois jours, trois jours de jeûne. Taliesin enferma Merlin dans cette boîte de pierre et par la puissance de son génie, lui communiqua une série de visions.

La première fut la vision du commencement des temps, différente d’ailleurs de ce que disaient les druides, et parallèle : il s’agissait d’une femme merveilleuse Bélisama, qui recevait le baiser d’Ogmios ou de Guyon, et à travers ce baiser, le soleil primordial se mit à naître ; ce soleil se brisa en une multitude de morceaux qui formèrent des millions de soleils.

La seconde vision communiquée par Taliesin fut la vision cosmique ; c’est-à-dire que lui-même se trouvait en même temps dans des milliers de mondes et il avait l’ubiquité divine : il s’est trouvé dans 888 mondes et dans chacun de ces mondes, il était Merlin avec une face différente, avec un visage différent, avec une destinée différente, mais toujours il possédait un sceptre de diamant à travers lequel il commandait aux éléments et qui le faisait un berger à travers les êtres humains.
La troisième vision fut la fin des temps, et elle fut assez proche de ce que l’on sait, avec cette différence que la fin des temps n’était pas la fin des temps, c’était simplement la fin de l’idée de temps et cette fin de l’idée de temps existait lorsque le Verbe de Dieu pénétrait dans un être humain pour en faire un être intemporel, éternel. Merlin reçut cette vision qui le pénétra d’extase et de grandeur ; quand il en sortit, il était effectivement ressuscité en un nouveau Merlin.

François Brousse
Conf. « L’enchanteur Merlin », Paris, 13 déc. 1988

Taliesin

 Quand les heures prédestinées
Qu’entend l’oreille des archanges
Dans la lumière eurent sonne,
Carmelle avec Merlin, par les forêts étranges,

Allèrent, sous l’obscur dessin
Des branches parmi l’aube claire,
Trouver le grand Taliésin,
Chef des druides pensifs et maître des mystères.

« Ô mage, front vertigineux
Qui connaît le secret des âmes,
Je présente aux mystiques yeux
Mon fils, l’enfant illuminé du roi des flammes !

Verse lui la sagesse d’or
Où tournent les cercles du monde ;
Qu’il boive le brûlant trésor
Dont l’extase ineffable en ton cœur surabonde

Alors, Taliésin, le dieu
Qui sait capter l’errante image,
À Merlin, l’enfant radieux
Dévoila la doctrine insondable des Mages

« De la Triade Primordiale :
– Intelligence, Amour, Pouvoir –
Jaillit la Lumière idéale,
Âme du Monde, feu vivant et pur miroir.

Les âmes, fières étincelles
S’échappant du divin foyer,
Dans les planètes s’amoncellent
Comme des feuilles que le vent fait tournoyer.

Oiseaux tristes, elles voltigent
Sous les souffles noirs du désir,
Prenant des corps pleins de vertige,
Pourchassant le bonheur sans jamais le saisir.

De monde en monde elles transmigrent
Vers l’infini resplendissant,
Pierres, chênes, pieuvres, tigres
Puis hommes dont l’orgueil aiguillonne le sang !

L’échelle des êtres s’élève
Sous les yeux de l’éternité,
Un incommensurable rêve
Mélange les vivants dans l’ombre et la clarté

À l’homme succède l’archange
Sur l’escalier des flamboiements,
Dans chaque sphère le corps change
Et l’âme se déploie ainsi qu’un firmament.

Pour aider le pèlerinage
En route vers l’ardent zénith,
S’incarnent Rédempteurs et Mages,
Éternelles splendeurs du soleil infini […]

Sous l’ombre ardente de son maître,
Merlin épela l’univers,
Comme un pin que le ciel pénètre,
Durant sept doux printemps, durant sept durs hivers.

Il déchira les sept grands voiles
Qui cachent l’Être immesuré.
Par delà les saintes étoiles
Son âme s’empara des éternels secrets.

Un soir, son Instructeur sublime,
Comme le soleil déclinait,
Rose de feu, sur l’âpre abîme,
Dit au jeune Merlin : – Te voilà deux fois né !

Une tiare de puissance
Pare ton crâne colossal.
Tu resplendis, divine essence,
Dans les gouffres, plus haut que le bien et le mal.

J’ai fait éclore la lumière
Qui germait au fond de ton coeur.
Comme une escarboucle altière
Elle jette au soleil un double éclat vainqueur.

Par ton père, l’ange farouche,
Tu connais le passé des temps,
Par ta mère à la belle bouche,
Tu domptes la vision des futurs éclatants.

Maître des âges qui s’effacent,
Et des informulés matins,
Tu portes sur ta haute face
Le responsable feu de ton propre destin.

Le corps est la prison de pierre
Où gémit notre âme enfermée.
Pour délivrer la prisonnière
Je t’offre la clef d’or des forces enflammées.

Tu pourras sortir à ta guise
Hors de ton sépulcre de chair
Comme un glaive ardent qui s’aiguise
Aux chocs étincelants jetés par le ciel clair.

Sans franchir le seuil de la tombe,
À ton secret commandement,
Ton corps subtil, cette colombe,
Libre, s’envolera dans les dédoublements

Tu pourras visiter les mondes
Qui roulent dans l’hymne du ciel,
Tu sonderas les nuits profondes,
Tu pourras mesurer le front de l’Éternel

Mais tu seras ton maître unique
Le seul sculpteur de ton futur.
Prends garde aux arbres édéniques
Prends garde aux longs frissons de l’amour dans l’azur. »

François Brousse
Le Chant cosmique de Merlin, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1995, p. 23-27

Merlin est un poète essentiellement cosmique, mais il est également un poète essentiellement comique,

c’est d’ailleurs pourquoi on a parlé de la folie de Merlin.

Tout au fond des forêts, il était devenu fou, mais sa folie était en même temps une grande sagesse.

François Brousse

Entretien, Clamart, 11 mai 1994 dans Revue BMP N°175, avr. 1999

La folie de Merlin

Taliesin se souvenait d’avoir existé avant que naissent les étoiles ; il se souvenait ensuite d’avoir été une de ces étoiles, puis d’avoir été un être parmi les êtres primitifs, les archanges, puis d’être descendu sur la Terre et d’avoir traversé toutes les zones de la vie. […] Il était ensuite devenu un homme, puis un poète barde, puis un navigateur intrépide. Il avait vécu dans cent villes et ensuite il s’était réincarné en Taliesin qui gardait le souvenir de toutes ces merveilles. Il avait décidé de les communiquer à un être qui serait sur la Terre le propagateur de la magie universelle, c’est alors qu’il a rencontré Merlin qu’il a emmené sur le plus haut de l’étoile Polaire pour lui communiquer ses secrets ineffables en lui soufflant sur la tête et en mettant sa main sur le cœur.

Merlin est revenu de cet émerveillement dans une sorte de conscience cosmique, il resta vingt jours au fond des forêts en proie à une véritable folie et quand il en sorti, il était plus sage ou du moins aussi sage que Taliesin. 

François Brousse
Entretien, Clamart, 26 juill. 1989

Il arriva à Merlin une aventure des plus désagréables, citée par presque tous les narrateurs de l’époque : il perdit la raison et s’enfuit au fond des forêts ; il était devenu fou, mais cette folie n’était pas une véritable folie, il avait conquis le monde par la puissance de son génie et, par contrecoup, le monde s’emparait de lui.

Il se souvint avec violence de toutes ses incarnations antérieures, ce fut pour lui une révélation fabuleuse et il s’en souvint depuis le commencement des temps alors qu’il était une merveille sans commencement ni fin et qui remplissait l’espace de son rayonnement transcendant. Ensuite, il s’est incarné, et d’incarnation en incarnation, il a été un des maîtres de l’Atlantide, un des maîtres de Rome, un des maîtres de la Grèce, et enfin, il est devenu Merlin.

Tout ceci l’avait quand même bouleversé, car il vivait en même temps sur tous les plans ; les 888 Merlin tombèrent sur un seul et ce choc vertigineux lui fit perdre, du moins momentanément, la raison. C’est à ce moment-là qu’il commença à proférer ses prophéties qui furent mises par écrit plus tard et plus ou moins transformées. Mais elles sont en quelque sorte capables de vaincre les temps et on les retrouve par-ci, par-là. Par la suite, le roi Arthus l’abandonna et Merlin partit pour l’île d’Avallon pour trouver la science parfaite, car cette île, située à l’ouest du monde, est le lieu où les vivants communiquent directement avec les morts et où on comprend les discours et les chants de tous les génies de la nature. Merlin se guérit de sa folie divine dans cette île et il revint. Ensuite, il fonda l’ordre des Chevaliers de la Table Ronde.

François Brousse
Conf. « L’enchanteur Merlin », Paris, 13 déc. 1988

Taliesin

Je suis une âme éternelle.

Je suis né bien qu’éternel, je me suis manifesté au pays des étoiles de l’été. J’ai traversé des mondes en grands nombres. Je me suis incarné, j’ai été serpent tacheté sur les monts, poisson aux écailles brillantes au fond des mers, aigle dans l’espace baigné de soleil, je me suis agité dans cent cercles, j’ai habité cent villes, j’ai été tour à tour roi et esclave, marchand et conquérant.

Et maintenant je suis Taliesin et je me souviens au fond de mon cœur de mes incarnations innombrables. 

Version adaptée par François Brousse
Conf. « Secrets et mystères de la transmigration des âmes », Paris, 29 nov. 1982

On l’appelle Myrdwin, « celui qui vit parmi les serpents ».

Il existe des êtres exceptionnels ayant la possibilité de charmer les serpents.

Vers 600 avant Jésus-Christ, un certain Psyle avait découvert que la voix, le chant et le geste pouvaient charmer les serpents. Merlin était un de ces êtres prédestinés ; il pouvait charmer les serpents et utiliser leur magnétisme. Le serpent est, en quelque sorte, sur la Terre, une véritable colonne vertébrale, une épine dorsale en marche et qui est rempli d’un formidable mystère : la Kundalini.
Les serpents sont des êtres où la Kundalini circule sans opposition, c’est ce qui fait leur charme et leur mystère. Voilà pourquoi, à travers toutes les théologies, le serpent est considéré comme un animal dangereux par excellence et aussi comme un animal de sagesse, car chez les Égyptiens, le serpent représentait la sagesse ; chez les Chinois, il représente la lumière transcendantale ; chez les Romains, il était un animal d’excellent présage, mais la Bible nous a appris à nous méfier de lui.

François Brousse
Conf. « L’enchanteur Merlin », Paris, 13 déc. 1988

L’enchanteur

Merlin avait le pouvoir d’émouvoir de son Verbe non seulement les animaux, mais aussi les plantes et les pierres. Quand, sur son luth magique, il chantait les grandes mélopées de l’absolu, parfois les rochers se mettaient à vibrer autour de lui et ils le suivaient comme des chiens peuvent suivre leur maître.

Je décline toute responsabilité quant à l’authenticité intégrale de ces traditions. Vous n’ignorez pas que par la puissance des vibrations, on peut transformer, tuer, ressusciter… Mettons que Merlin était, à son époque, le grand Maître des vibrations.

François Brousse
L’Évangile de Philippe de Lyon,
Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1994, p. 18

Merlin « avait fondé semble-t-il un ordre, un ordre secret de chevalerie.

Cet ordre comprenait 49 chevaliers (1) et il prétendait avoir la connaissance du Saint Graal.

François Brousse, Conf. « La sagesse des bardes et des druides », Perpignan, 12 avr. 1990
(1) NB : Selon les textes, ce nombre fluctue entre 49 et 12.

Les douze chevaliers de la Table ronde sont partis à la recherche précisément des secrets suprêmes.

C’étaient des sages, des mages, des kabbalistes, nullement des chevaliers couverts comme des scarabées

d’une armure étincelante et brandissant des lances et des glaives.

François Brousse, Conf. « L’Avatar », cassette N°141 – É. Molter

 

LA TABLE RONDE

Une ample table ronde étale sa corolle
De paros irisés aux éclats de ciel neuf.
Les graves chevaliers, sans geste et sans parole,
Siègent autour du marbre. Ils sont quarante‑neuf.

Merlin est le cinquantième. Il médite, l’œil calme,
Jeune comme Apollon dans les feux du matin.
Le paradis secoue une invisible palme
Sur sa pensée immense et sur son front hautain.

Son seul visage est nu, les autres s’emprisonnent
Derrière les barreaux du heaume ensanglanté.
Le mage s’est levé – Les armures résonnent –
Comme sur la mer sombre étincelle Astarté.

Il contemple, rêveur, les panaches fantasques,
Les licornes, les sphinx, les dragons, les vautours,
Pareils à ces forêts que brassent les bourrasques,
A ces démons riant sur la grandeur des tours.

Les monstres sont les cœurs des guerriers magnifiques
L’enfer, mêlé au ciel, brille en leurs yeux changeants.
Artus, accompagné d’un lion pacifique,
Trône à droite du Maître, en ses armes d’argent.

La dextre magicienne a dressé, telle un astre,
Au‑dessus des cimiers, une croix en saphirs.
À ses branches palmées trois diamants s’encastrent.
Au centre une émeraude exalte ses désirs.

« Compagnons qui cherchez la vérité de l’Être,
Dit Merlin, dont les yeux vont plus loin que le ciel,
Pareils aux arbres noirs que l’aurore pénètre
Tournez vos fronts obscurs vers le Signe essentiel.

Enfer et paradis, homme et femme, ombre et flamme
Sublime Créateur, primordiale clarté,
Composent cette croix où la chair emplit l’âme,
Où le temps fugitif aime l’éternité !

Les deux forces sur quoi reposent tous les mondes
Ont tissé le symbole offert par Jésus Christ ;
Les douze diamants plus brillants que les ondes
Sont autour du Soleil un Zodiaque inscrit.

Le joyau smaragdin qui resplendit au centre
Reflète l’astre roi, mire le Fils de Dieu.
Quand Satan sort de nous, le Verbe infini rentre
Dans l’autel de l’esprit où brûle un profond feu.

Il faut franchir les Douze portes du mystère
Pour devenir semblable au maître des soleils.
Nous sommes tous des Christs endormis sur la terre
Qui rêvent vaguement à l’éclat des Réveils !

Ô merveilleux Graal ! Ô lumière des âmes !
Emeraude luciférienne et sang divin !
Celui qui te prendra dans ses doigts pleins de flammes
Sentira s’effacer ce monde triste et vain…

Le Vainqueur connaîtra l’identité Suprême,
Il verra dans son cœur luire le front de Dieu.
Les harpes de l’Éden chanteront en lui même,
Les cieux graviteront au fond de son œil bleu !

Je vous convie, ô chevaliers, à l’aventure
Ultime, à la conquête éblouie du Graal !
J’ai caché le Saint Vase en quelque architecture
D’ivoire et de granit dans le Bois Idéal.

L’Inde vertigineuse où les Sages méditent
Dissimule les hauts arbres de ma forêt.
Trouvez la ! Terrassez les vipères maudites
Et brisez les géants, gardiens du Mur Doré

Une blanche Licorne aux élans invincibles
Défend le sang du Christ et l’infernal bijou.
Seul, le Pur peut lier la Démone impassible
Pour dompter la folle, il faut passer le Fou.

Allons, ô chevaliers, dégainez votre glaive !
Vos bravoures d’acier flamboieront en plein vent.
Celui qui, ligotant les chimères du rêve,
Conquerra le Graal, sera le Christ vivant. […]

François Brousse
Le Chant cosmique de Merlin, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1995, p. 64-66

LE DIABLE ET L’ENCHANTEUR

Le diable noir et rose, et l’enchanteur Merlin
Marchaient tous deux parmi les rayons sibyllins
Qui tombaient d’une lune à chevelure verte.
Les portes de l’aurore, immensément ouvertes,
Projetaient au lointain leur éclat fulgurant.
Les ondins flammés d’or, dansaient dans le torrent.

Ami, dit le diable, en se grattant les cornes,
Je n’ai jamais compris pourquoi l’homme est si morne
Après avoir mangé le festin de la chair.

 Et Merlin répondit : – L’oiseau meurt hors de l’air,
Le poisson hors de l’eau, hors du rêve les femmes,
Et l’homme ne peut pas être heureux, hors de l’âme…

François Brousse
Murmures magiques, « Le diable et l’Enchanteur », dans Œuvres poétiques : t. II, Clamart, La Licorne Ailée, 1988, p. 460

Merlin et Viviane

Comment est mort Merlin ? Nous n’en savons trop rien.

Il est certain en tout cas, qu’il n’est pas mort fou, comme on nous le disait ; c’était la folie sublime, et en même temps, la folie prophétique. On a prétendu, autre relation, qu’il avait été perdu par la fée Viviane qu’il aimait d’un amour absolu et parfait, et que Viviane, grâce à sa séduction, lui avait soutiré tous les secrets de sa magie et notamment la magie qui consistait à enfermer quelqu’un dans un objet. Cette magie existe, je crois. Elle existe et elle peut être employée par des sorciers noirs. On prend l’âme de quelqu’un et on l’enferme dans un objet, une statue par exemple ou une pierre, et il peut rester pendant très longtemps enfermé dans cette pierre ou dans cette statue. Une autre magie consiste à prendre l’âme de quelqu’un et à l’enfermer dans un animal. Dans la Bible, vous trouvez ceci, qui est arrivé à Nabuchodonosor et qui a été enfermé pendant sept ans à l’intérieur d’un taureau […].
Merlin était capable de cela, et, envoûté par la belle Viviane, il lui donna le secret d’enfermer un être où elle voudrait. Viviane enferma Merlin à l’intérieur d’un chêne, étant bien sûre, qu’enfermé dans cet arbre, il ne pourrait plus s’en échapper. Mais il arriva ceci, c’est que, étant tombée amoureuse de Merlin, elle ne pouvait pas supporter l’idée d’être séparée de lui, et, par conséquent, elle s’enferma, elle aussi, dans le chêne ; les deux amants étaient donc liés éternellement l’un à l’autre. Après quoi, le chêne vivant et sacré se sépara du sol et s’envola dans les étoiles où il y est encore, avec les âmes de Merlin et de Viviane qui auraient recréé une sorte d’androgynat pour l’éternité. Donc l’image de Merlin est plus étrange qu’on ne le suppose, et c’est très probablement un grand maître. 

François Brousse
Conf. « La sagesse des bardes et des druides », Perpignan, 12 avr. 1990

Viviane a été initiée par Merlin et elle s’est servie de cette initiation pour enchanter Merlin, pour enchanter l’enchanteur.

Il était le maître des prêtresses de l’île de Sein […]. Viviane l’enchanta et l’émerveilla, et en fin de compte, d’après la légende, ils sont rentrés tous les deux dans un chêne et ce chêne s’est envolé dans l’espace infini.

Variante de la légende : ils sont tous les deux enfermés dans un chêne qui se trouve dans la forêt de Brocéliande. […]

La réalité, c’est que c’est une image symbolique, ils sont morts l’un à côté de l’autre, tout simplement. […] Ils ont pris une espèce de boisson particulièrement riche avec toutes les plantes de la forêt de Brocéliande qui devait leur procurer l’extase : l’extase a été absolue. 

François Brousse
Entretien, N°302, JMS 

 

L’UNION DIVINE

[…]
Et Viviane passa, cherchant son tendre amant.
Elle entendit monter le noir gémissement
Dans ses cadences infinies
Et, frappée par l’éclair farouche de l’amour,
La fée abandonna son corps au beau contour
Pour rejoindre l’ardent génie !

L’âme de Viviane entra dans l’arbre sombre
Comme deux unités se fondent en un nombre
Avec l’esprit du grand songeur.
Un tourbillon d’extase entrelaça leur être,
Ainsi le pur parfum des lavandes pénètre
Au cœur du parc plein de fraîcheur.

La dualité rouge est devenue l’Unique !
Un frisson de folie étoilée communique
Son rire à toute la forêt !
Viviane avec Merlin se fondent parmi l’Arbre
Comme une double veine aux méandres du marbre
Se réunit en un seul trait…

Alors se déchaînant sous un ciel de légende,
Des voix et des concerts, Grande Brocéliande,
Gonflèrent ton multiple cœur !
Des versets fabuleux tombés du chant des sphères
Firent rugir les noirs lions et les panthères
Sous les ramiers tressant leur chœur.

Mais soudain comme un jet de fins saphirs s’élance,
Sur l’univers s’étend le manteau du silence
Car dans la profondeur de l’abîme étoilé,
Tel un encens parfait montant vers l’Être immense,
L’Arbre androgyne s’est pour toujours envolé

François Brousse
Le Chant cosmique de Merlin, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1995, p. 97-98

Entretien (Extrait)

Comment se fait-il que Merlin ait succombé à Viviane, malgré l’avertissement de Taliesin ?

F.B. : Est-ce qu’il a succombé d’abord ?

Il dit un moment qu’au nom de la loi d’amour le mage doit accepter le don de la femme qu’il aime, quel que soit ce don.

F.B. : Tout à fait, d’accord ! Par conséquent, il est loin d’avoir succombé.

Il accepte en sachant qu’il va être emprisonné

F.B. : Il sait très bien que, quand on perd par amour, on récupère dans l’Infini. « L’amour est plus fort que la mort ». 

François Brousse
Entretien, Clamart, 25 mars 1995 

Merlin l’enchanteur donnait des initiations druidiques,

à minuit, aux bruits des eaux, sous la lune,

et il donnait la possibilité à ceux qui le suivaient de devenir des animaux :

c’est-à-dire de sortir de son corps et prendre des formes.

François Brousse
Entretien, Paris, 24 juill. 1984

Quelle était l’initiation de Merlin ?

C’était l’initiation qui permettait d’être en contact avec les êtres du monde invisible, c’est-à-dire avec les fées, avec les lutins, avec les gnomes, avec les esprits de l’eau, de l’air, de la terre et du feu qui existent bel et bien.

La seule différence qu’il y ait entre nous et eux, c’est que nous avons cinq principes et qu’ils n’en ont que quatre. L’homme, l’humain, est composé d’un corps physique, d’un corps vital, d’un corps passionnel, d’un corps mental et enfin d’une âme immortelle. Les génies de l’eau, de l’air, de la terre, du feu et de la lumière sont composés d’une âme immortelle, d’un corps mental, d’un corps astral, d’un corps vital mais ils n’ont pas de corps physique. Et on peut rentrer en contact avec eux. On peut établir ce contact par l’amour, par la sagesse et par la puissance de la pensée. Vous connaissez une méthode qui est extrêmement simple : par exemple vous voulez rentrer en contact avec l’esprit d’un arbre quelconque, vous vous approchez de cet arbre, vous collez votre colonne vertébrale contre le tronc de l’arbre, vous l’embrassez de vos deux mains situées en arrière et vous lui envoyez une pensée d’amour en lui demandant de se manifester à vous et si vous le faites sincèrement, dès la première fois, vous avez une réponse. Comme vous voyez, c’est une méthode d’une extraordinaire simplicité. C’est ce qui avait permis à Merlin d’être en contact avec tous les génies de l’eau, de la terre, de l’air et du feu. Vous pourrez le faire quand vous voudrez.

Vous pouvez faire la même chose avec une pierre. Il vous suffit de prendre un rocher, de vous étendre sur lui et de lui envoyer des pensées d’amour en lui demandant de se manifester à vous, et les elfes ou les gnomes ou les génies, peu importe, qui habitent sur ce rocher se manifesteront à vous. L’expérience réussit toujours. Il suffit tout simplement d’être dans un état d’âme particulier.

Vous pouvez également le faire pour la Terre et pour une étoile. Vous choisissez une étoile que vous considérez comme brillante et liée magnétiquement à vous. Vous lui envoyez une pensée d’amour, cette fois-ci, c’est un peu plus vaste parce qu’il ne s’agit pas d’un elfe ou d’une nymphe ou d’un gnome ou d’un lutin, il s’agit de ce que l’on pourrait appeler l’esprit collectif de l’étoile. Chaque étoile comme d’ailleurs chaque atome et comme d’ailleurs chaque être humain est partagé en trois parties : un corps, une âme et un esprit. Vous vous adressez à l’esprit de cette étoile, vous lui envoyez des pensées d’amour et vous lui demandez de vous communiquer un peu de sa force et de son illumination. Vous levez les mains au ciel, vous faites le vide dans votre esprit et vous attendez dans la position de l’arbre qui reçoit la lumière émanée des sphères célestes et vous avez pratiquement toujours une réponse.

Vous avez, par conséquent déjà, une dizaine de méthodes qui permettent d’atteindre l’illumination et qui permettent également d’obtenir la connaissance intégrale.

François Brousse
Conf. fragments, Prades, 17 févr. 1977 dans Revue BMP N°211-212, mai-juin 2002 

Les neuf druidesses de l’île de Sein

Merlin donnait des initiations, surtout aux vierges de l’île de Sein, neuf druidesses qu’il initiait, et pendant leur initiation, elles sortaient de leur corps et montaient jusque dans la Lune, dont elles absorbaient les rayons vivifiants. D’autres allaient plus loin encore, jusqu’au soleil. Les dernières allaient plus loin, plus loin, jusqu’au Soleil des soleils qui est au centre de notre univers-bulle.

Ces diverses idées sur les initiations de Merlin sont assez peu connues sauf qu’il faisait prendre aux femmes initiées la figure qu’elles désiraient, la forme d’un oiseau, d’un animal quelconque ou même la forme d’une plante, d’une fleur, etc. En plus, elles avaient le pouvoir de prophétiser ; elles étaient capables d’apaiser les tempêtes et de les déchaîner.

François Brousse
Conf. « Des druides au spiritisme », Paris, 19 févr. 1991

La forêt de Brocéliande, c’est Merlin l’Enchanteur. Et Merlin, c’est l’apaisement du monde, c’est la sagesse mystique. 

François Brousse
Entretien, Clamart, 22 sept. 1990 

LE TOMBEAU DE MERLIN

Aux explorateurs de la forêt surnaturelle

Ô chemins pleins de ronce et d’arbres abattus,
À la recherche des fontaines enchantées,
Nous avons violé vos sauvages vertus
Sous l’œil suspicieux des fées.

Nos pas ont parcouru vos pistes et vos sentes
Sous le silence énigmatique des oiseaux
Sans entendre jamais dans les branches dansantes
Le grondement des grandes eaux.

Pas le moindre géant, pas le plus petit nain
Ne parcourt ces lieux tout pétris de légende !
Mais nous avons trouvé la tombe de Merlin
Dans la forêt de Brocéliande.

L’ombre de l’enchanteur surgit à nos regards
Dans un tourbillon d’or sur des roches antiques
Tandis que s’enfuyaient les nuages hagards
Sous la grande étoile magique.

Il nous a dit : – Enfants ! Recherchez l’idéal
Malgré les cris du tigre et la lourdeur des fanges
Lui seul vous versera le sublime Graal
Qui fait de l’initié le maître des archanges .

26 août 1987

François Brousse
Le Graal d’or aux mille soleils, Clamart, La Licorne Ailée, 1989, p. 125