Poésie langage de l’âme – II/II

Poésie langage de l’âme – II/II

 

La poésie est la force essentielle

qui remplit l’infini

et qui remplit le cœur des hommes.

 François Brousse

Entretien, Clamart, 8 déc. 1990

La poésie de demain

Le monde actuel est aux portes du chaos.
Un grand fait domine ces derniers siècles : l’écroulement des religions révélées. Leur haute cathédrale gothique n’offre plus qu’un amas de ruines grouillantes de corbeaux !

Au milieu de ces démolitions, le marxisme essaie de créer un ordre nouveau, hiérarchiquement féroce. La tour d’acier, où étouffent les peuples, veut remplacer la cathédrale abolie. Mais ces deux monuments sont l’un et l’autre des prisons atroces qui transforment en cadavres les esprits les plus libres.

Bien entendu, dans ce désastre universel, les écrivains cherchent des voies inédites, des chemins encore inviolés.

Les puits troubles ouverts par Sade et par Freud attirent ces cœurs convulsés d’inquiétudes. Ils se noient avec délices dans les profondeurs cruelles qu’emplissent l’absurde et le pervers, le crapaud et le serpent. Mais les surréalistes ont tort de croire que la sexualité est le pilier fondamental autour duquel tourne le monde. Il existe d’autres forces subconscientes. Platon, Hugo et Jung en furent les explorateurs éblouis. Un monde d’esprits environne le monde des corps comme la bleuâtre atmosphère épouse le globe. Du fond de notre âme éternelle jaillissent des élans sacrés vers l’azur divin. Nous possédons, dans l’émerveillement de nos cavernes occultes – comme un trésor de radium – le sentiment de l’infini.

Le sentiment de l’infini, qui seul fait les grands poètes, pourrait seul vivifier la littérature actuelle. Le sentiment de l’infini n’a rien à voir avec les dogmes de marbre ou les disciplines de béton. Il répudie toute hiérarchie, toute orthodoxie. Il exalte les hauteurs de l’âme. Ce qui l’attire, ce n’est pas le puits plein de crapauds et de serpents, mais les montagnes fantastiques qu’habitent les chimères et les taureaux ailés.

La littérature nouvelle sera surtout une littérature d’imagination et de rêve, une grande flamme idéaliste agitée par les vents de l’Orient.

Quand elle s’épanouira, on verra disparaître les squelettes, les nécrophores et les poux. Le géant endormi se réveille. Il secoue cette vermine de nains qui jouaient sur sa peau de lion.

Aucun homme, aucune doctrine ne porte la responsabilité du désordre actuel. Sous l’influence fatidique des astres, le monde s’achemine vers la fin d’un cycle. Mais la renaissance succède inévitablement au trépas.

L’arcane XX du Tarot montre, sous le vol flamboyant de l’archange qui sonne de la trompette, les morts sortant de leur tombe entrouverte.

La tombe est fermée aujourd’hui. Elle s’ouvrira demain.

 

François Brousse

« La poésie de demain » dans Revue BMP N°172, janv. 1999

La poésie de demain

Le monde actuel est aux portes du chaos.

Un grand fait domine ces derniers siècles : l’écroulement des religions révélées. Leur haute cathédrale gothique n’offre plus qu’un amas de ruines grouillantes de corbeaux ! Au milieu de ces démolitions, le marxisme essaie de créer un ordre nouveau, hiérarchiquement féroce. La tour d’acier, où étouffent les peuples, veut remplacer la cathédrale abolie. Mais ces deux monuments sont l’un et l’autre des prisons atroces qui transforment en cadavres les esprits les plus libres.

Bien entendu, dans ce désastre universel, les écrivains cherchent des voies inédites, des chemins encore inviolés. Les puits troubles ouverts par Sade et par Freud attirent ces cœurs convulsés d’inquiétudes. Ils se noient avec délices dans les profondeurs cruelles qu’emplissent l’absurde et le pervers, le crapaud et le serpent. Mais les surréalistes ont tort de croire que la sexualité est le pilier fondamental autour duquel tourne le monde. Il existe d’autres forces subconscientes. Platon, Hugo et Jung en furent les explorateurs éblouis. Un monde d’esprits environne le monde des corps comme la bleuâtre atmosphère épouse le globe. Du fond de notre âme éternelle jaillissent des élans sacrés vers l’azur divin. Nous possédons, dans l’émerveillement de nos cavernes occultes – comme un trésor de radium – le sentiment de l’infini.

Le sentiment de l’infini, qui seul fait les grands poètes, pourrait seul vivifier la littérature actuelle. Le sentiment de l’infini n’a rien à voir avec les dogmes de marbre ou les disciplines de béton. Il répudie toute hiérarchie, toute orthodoxie. Il exalte les hauteurs de l’âme. Ce qui l’attire, ce n’est pas le puits plein de crapauds et de serpents, mais les montagnes fantastiques qu’habitent les chimères et les taureaux ailés.

La littérature nouvelle sera surtout une littérature d’imagination et de rêve, une grande flamme idéaliste agitée par les vents de l’Orient.

Quand elle s’épanouira, on verra disparaître les squelettes, les nécrophores et les poux. Le géant endormi se réveille. Il secoue cette vermine de nains qui jouaient sur sa peau de lion.

Aucun homme, aucune doctrine ne porte la responsabilité du désordre actuel. Sous l’influence fatidique des astres, le monde s’achemine vers la fin d’un cycle. Mais la renaissance succède inévitablement au trépas.

L’arcane XX du Tarot montre, sous le vol flamboyant de l’archange qui sonne de la trompette, les morts sortant de leur tombe entrouverte.

La tombe est fermée aujourd’hui. Elle s’ouvrira demain.

François Brousse

« La poésie de demain » dans Revue BMP N°172, janv. 1999

Si Dieu n’est ni poésie, ni joie, ni beauté, on n’a pas besoin de Lui.

Mais il est essentiellement l’origine de toutes les grandeurs et de toutes les splendeurs

de l’homme et de la nature.

François Brousse

Commentaires sur les Proverbes de Salomon – t. II, Clamart, éd. La Licorne Ailée, 2015, p. 143

Hélas ! il suffit de regarder l’homme actuel avec les yeux du karma. Les humains affolés ont abandonné la lumière vivante.

Dans leur cœur, l’idéal est mort, les rossignols sont morts, la voix de Dieu est morte. Un gouffre les remplace où les ténèbres vont s’élargissant. Les malheureux ont jeté dans l’abîme, la Poésie, cette aristocrate, la Bonté, cette moinesse, la Liberté, cette capitaliste.

Ils restent seuls sous le vol ricanant des démons. Quand ils se déchaîneront à nouveau, que deviendra l’humanité ?

Heureusement, certains rêveurs, épars dans la multitude, souhaitent éperdument le bonheur universel. Les anges de ces idéalistes travaillent silencieusement dans le laboratoire mystérieux de l’astral, où se préparent les événements de la Terre. Tôt ou tard, la Jérusalem mystique, flottant dans le ciel des fées, se solidifiera et se posera triomphalement sur la planète réelle. Les oiseaux atterrissent et les pensées deviennent chair.

Ainsi, dominées par une sagesse invisible, les pluies de l’Esprit fécondent la matière.

François Brousse
Le Secret des tombes royales, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1991, p. 30

La musique traduit la vibration du monde, et, traduisant la vibration du monde, de vibration en vibration, nous arriverons enfin à l’unique réalité qui est la vibration du monde d’où sortent toutes les autres vibrations, l’idée même de vibration, qui est en quelque sorte dans la pensée de Dieu.
Et par la musique, nous y arriverons, comme par la poésie, par la peinture ; par n’importe quel art, nous trouvons des images de la pensée divine.

Dieu est le divin artiste, il suffit de Le prendre dans la plupart de ses images pour s’approcher de Lui. Si on fait de la musique, on s’approche de Dieu qui est le grand musicien ; si on fait de la peinture, on s’approche de Dieu qui est le grand peintre ; si on fait de la sculpture, on s’approche de Dieu qui est le grand sculpteur ; car Dieu est le grand peintre, le grand musicien et le grand sculpteur. Si on fait de la poésie, on s’approche de Dieu qui est le grand poète et ainsi de suite.

Si quelque chose vous parait obscur, vous pouvez le dire ; tout est obscur d’ailleurs, puisque tout est clair. [Le contradictoire est le propre de l’Absolu. […] « Je vois de la lumière noire », disait Hugo. Effectivement, c’est l’union dans l’absolu des contraires, de la lumière et de la noirceur, pour ne former qu’une seule unité transcendantale.

François Brousse
Entretien, Clamart, 3 août 1991, dans BMP N°165, mai 1998

Certes, la poésie, l’aigle des neiges, peut aussi bien raser le sol que se fondre dans le délire des brumes et des mers, cependant elle ne souffre aucune bassesse. Attention à la pieuvre qui se traîne dans des crachats.

L’essentiel pour le poète est d’avoir l’appétit de la gran­deur ou le trouble du mystère. Le mariage de ces deux forces compose l’escarboucle de Merlin qui brille habituel­lement au front du génie. Rejetons les petitesses du monde cubique. Nourrissons‑nous de sublimes pensées et de célestes enthousiasmes. L’inspiration viendra, immense, multicolore, irrésistible, comme la mer, à l’heure de la marée, brise ses portes.

Mais tourner entièrement le dos à la conscience est une erreur aux proportions de démence. Nous risquons alors de choir dans la tourmente bestiale, celle qui règne au coeur des fauves ou aux ganglions des insectes. Nous commettons la déviation fatale. La fusée, au lieu de bondir vers les astres, s’écrase sur les rocs de la terre. Le conscient doit être, non détruit, mais transcendé. C’est la première marche de l’escalier, dont la vrille ascendante troue le zénith.

François Brousse
 Le Manifeste de la Quatrième Dimension, Vitrolles, Éd. de la Neuvième Licorne, 2008

Poésie métaphysique, poésie légendaire, poésie visionnaire se combinent

pour former l’indestructible triangle d’or du chef-d’œuvre.

François Brousse
Pensée, 21 nov. 1957, dans Manuscrit « B12C09_PythagorePenseesZoroastre_I _19 »

Le Manifeste de la Quatrième Dimension (Extrait) 

Certains sensi­tifs sont touchés par les étincelles d’en haut : voyants, pro­phètes, mages, poètes, artistes, ont le cœur traversé par les coruscations inspiratrices.

La muse, la fée, le daïmon, l’es­prit‑guide, l’ange, tombent subitement de la trappe ouverte dans le ciel, et disent aux contemplateurs le message du mystère. Il faut s’arracher au monde cubique pour monter dans l’inexprimable lumière de la supraconscience. Ce n’est pas en dépeignant le cloaque des entrailles humaines que vous transfigurerez les âmes. Montrez‑leur plutôt les chemins du sublime ! […]

L’âme de l’homme est triple comme le trident de Neptune. Le conscient se tient au centre, dans une auréole de clarté et de volonté, au‑dessous pullule l’inconscient ani­mal, comme une mare pleine de larves férocement tita­niques et au zénith plane, dans un large bruit d’ailes, le supraconscient, la sphère de cristal qu’habitent les archanges.

L’erreur de la plupart des esthètes en quête d’Inédit est de confondre la mare visqueuse avec la sphère exaltante, l’inconscient animal avec le supraconscient divin. Ces esthètes font des plongées admirables au fond d’eux‑mêmes et s’ébattent dans un grouillement de météores de boue. Ils font jaillir les fusées du sexe, du scato­logique et du vulgaire, et si des étincelles d’or les poignar­dent, elles proviennent de l’esprit supérieur, qui se meut perpétuellement, comme se meuvent les astres.

Contemplez plutôt Paul Valéry : il respire, salamandre condensée, dans la lucidité des flammes parfaites.

François Brousse
Le Manifeste de la Quatrième Dimension, Vitrolles, Éd. de la Neuvième Licorne, 2008

LE CHOIX

Peinture ou Poésie ?

Je ne saurais choisir

L’immense frénésie

Commence à me saisir.

 

Du côté de l’Asie

L’air s’apprête à rosir

La fleur que j’ai choisie

Refuse mon désir.

 

N’importe je progresse

Avec le genre humain…

Les pensives tigresses

 

M’indiquent le chemin

Je dédie ma tonnelle

Au chant des tourterelles.

2 mai l993

François Brousse
Les Miroitements de l’infini, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1994, p. 322

Le poète est la bouche de Dieu

La poésie, primitivement, semble vouloir dire « le pouvoir créateur », c’est la signification que nous pourrions qualifier de grecque. Une autre signification se trouve dans l’étymologie phénicienne d’après laquelle le poète ne serait plus le créateur mais la bouche de Dieu.

Vous pourrez toujours me dire qu’entre les deux définitions et les deux formules, la différence n’est pas tellement sensible. En effet, que signifie le « Créateur » ?

À l’intérieur du cosmos qui est l’émanation même de la pensée créatrice de la divinité, il existe des êtres, plus ou moins prédestinés qui, eux-mêmes, sont capables de créer à côté des grandes formations de la nature, des formations nouvelles issues du cerveau humain, du cœur humain, de l’intelligence humaine et de l’inspiration : ce sont les poètes. Ils seraient en quelque sorte des créateurs après le grand Créateur. Le mot poète doit être évidemment élargi. Il s’agit non seulement des poètes, maîtres des verbes, maîtres des rythmes, maîtres des rimes, mais aussi des poètes maîtres des sons, c’est-à-dire les musiciens, des poètes maîtres des formes et des couleurs, c’est-à-dire les sculpteurs et les peintres, et même ceux qui élèvent puissamment des architectures dans le bleu calme du ciel. Il y a donc une multitude de sens au mot poète. Il est à la fois le créateur et l’artiste.

Selon l’autre image, l’autre étymologie, le poète est la bouche de Dieu. Nous avons une autre perspective, aussi étrange, aussi colossale, aussi mystérieuse. Effectivement, Dieu est représenté dans les abîmes de la pensée hindoue comme une sorte de géant – ce n’est jamais que métaphorique, attendu que les hindous sont le peuple le plus subtil de la Terre, et qu’ils se garderaient bien de représenter authentiquement Dieu sous une forme limitée, mais par métaphore, c’est parfaitement possible. Or Dieu est assis comme un géant dans l’immensité de l’abîme et il sort de sa bouche des êtres vertigineux de science et de connaissance transcendantales, que l’on appelle, chez les hindous, les brahmanes, mais que l’on peut très bien appeler aussi les poètes et les artistes. Les poètes et les artistes sont donc les fils de la bouche de Dieu.

François Brousse
Poésie langage de l’âme, Vitrolles, Éd. de la Neuvième Licorne, 2008, p. 10-11

On ne peut arriver à la libération que dans la joie et la poésie.

François Brousse

Entretien, 28 juillet 1992, Clamart, dans BMP N°183, déc.1999

Quel est le rôle du conte au sein de la poésie ?
Le conte est rempli de rêves, d’illuminations, d’extases, d’étrangetés, d’effacements et d’évasions. Par conséquent toute la poésie n’est qu’un conte, un conte merveilleux qui nous raconte une multitude d’histoires merveilleuses de façon à ce que nous oublions tout ce que la Terre a pour nous de lourd, de terrible et de pénible. Le conte est donc essentiel. Il n’existe peut‑être pas un seul grand poème dans lequel il n’y ait un conte, une histoire merveilleuse faite pour des enfants. Si nous ne conservons pas jusqu’à la fin de notre vie l’innocence et la pureté des enfants, nous n’arriverons jamais à l’Illumination.

Une histoire m’avait beaucoup amusé, elle est, je crois, racontée par Anatole France. Un enfant s’extasiait. Il regardait dans l’herbe une merveille qui cheminait avec toutes les couleurs de l’arc‑en‑ciel sur elle. Un passant arrive, entend les cris d’émerveillement de l’enfant, ferme le journal qu’il était en train de lire, regarde et dit : – Ce n’est qu’un scarabée ! Or précisément, c’est l’enfant qui avait raison de trouver dans le scarabée quelque chose de merveilleux et d’unique. Il était près de la puissance divine qui, à chaque instant, crée des merveilles, sans aucune marge et barrière. L’enfant est l’homme parfaitement réalisé dans le plan du conte. Tant que vous ne resterez pas des enfants vous n’arriverez pas à l’Illumination.

Qu’est‑ce que la poésie a de supérieur à la métaphysique, si c’est le cas ?
Le véritable poète est à la fois prophète et métaphysicien. Il ne peut pas être autre chose. Alors étant philosophe, étant métaphysicien, étant artiste, il n’y a, par conséquent, rien qui s’oppose à ce que la poésie soit la première de toutes les forces, attendu qu’elle contient déjà la métaphysique. Un poète qui n’a pas de métaphysique ne peut pas exister, ce n’est pas un poète. Il sera ce que l’on voudra, mais pas un être transcendant pénétré de poésie.

Où est la métaphysique dans la poésie ?
Mais partout ! Lorsque, par exemple, tu es en train de regarder un poème et que ce poème te donne une notion d’infini, tu touches immédiatement à la métaphysique ; attendu que le propre de la métaphysique, c’est l’infini. S’il te donne une impression de renaissance tu touches encore à la métaphysique. La métaphysique contient l’infini, contient la renaissance, contient l’éternité, contient l’absolu. Et c’est très exactement ce que contient la poésie. Seulement, au lieu de s’adresser uniquement à l’intelligence, elle s’adresse en même temps à l’intelligence, au cÅ“ur et à la transcendance. La poésie est parfaite et ceux qui arrivent à la connaître intensément sont les grands prêtres de l’éternité ; les autres ne sont que de petits enfants de chÅ“ur. C’est pourquoi la poésie et la métaphysique se confondent. Il n’y a jamais opposition entre les grandeurs. Quand tu penses à Dieu, tu penses à l’Être éternel, Il l’est ; tu penses à l’Être infini, Il l’est ; tu penses à l’Être parfait, Il l’est ; tu penses à l’Être absolu, Il est tout ceci et en même temps, Il est Dieu. De la même manière, la poésie est toute la métaphysique et toute l’infinité.

 

François Brousse
Entretien, Clamart, 23 nov. 1991, dans Revue BMP N°176-177, mai-juin 1999

Quels sont les rapports entre l’art et la métaphysique ?
L’art est le chemin le plus direct pour aller à la métaphysique. On a parlé d’ascèse et de méditation, oui ! En réalité, c’est par la puissance créatrice de l’art, quel qu’il soit, que l’on arrive à l’Illumination. C’est le chemin le plus agréable et le plus sûr.

Vous voulez créer dans n’importe quel art : immédiatement, vous sentez une flamme s’allumer au fond de votre cÅ“ur et cette flamme vous indique que vous êtes sur le chemin de l’impossible et du réel. Vous arriverez toujours par l’art, quel qu’il soit, à l’Illumination. C’est le plus court chemin pour atteindre l’Éternité, et le plus sûr. Hugo a atteint l’Illumination ainsi que Bach. Les grands poètes, les grands musiciens, les grands artistes, les grands architectes, tous doivent atteindre l’Illumination. Même les danseurs, car la danse est une merveilleuse manière d’aboutir à la connaissance intégrale par la recherche intrépide de la Beauté. Dieu est à la fois la Beauté infinie et l’Amour infini. Quand on a la Beauté, on a l’Amour. Il est impossible, quand on aime, de ne pas connaître la Beauté suprême, et, à ce moment‑là, on est libéré. C’est le chemin le plus merveilleux et le plus simple d’atteindre à l’Illumination. On vous dit habituellement qu’il faut traverser des ronces, des horreurs, des tristesses, des souffrances. Pas du tout ! Il faut simplement avoir la joie de créer et consacrer cette joie à la divinité. On sait très bien que c’est Dieu qui parle en nous et qui crée en nous. Nous ne pouvons rien faire sinon nous ouvrir au baiser divin et c’est à ce moment-là que, par la puissance créatrice de l’art et par la puissance de la concentration mentale, nous arriverons à la Libération.

Que se passe‑t‑il pour celui qui contemple l’œuvre de l’artiste ?
Celui qui contemple l’œuvre d’un grand artiste finit par devenir lui‑même un grand artiste. Qui peut comprendre Homère si ce n’est Homère ? Quand on contemple l’œuvre d’un artiste suprême, immédiatement, on se confond avec lui. On devient Un avec lui et on atteint, comme lui, les sphères les plus hautes de l’Éternité. Il suffit de se confondre avec l’Être prodigieux qui a créé une nouvelle façon de comprendre l’Éternité.

Existe‑t‑il un art supérieur ?
Tous les arts sont supérieurs, mais, en ce qui me concerne, je préfère la poésie à tous les autres. La musique fait intervenir l’inconscient et le supra conscient, elle ignore le conscient. La danse peut faire intervenir aussi l’inconscient, mais jamais le conscient. Tandis que tout existe dans la poésie : le conscient, l’inconscient et le supraconscient. C’est l’art définitif par excellence. Hugo a déclaré :

« Craignant d’être emportés sur de trop rudes faîtes,
Les poètes ont peur de devenir prophètes[1]. »

Et, si l’on contemple quelqu’un, on finit par être ce quelqu’un. Le contemplateur et le contemplé deviennent Un. C’est une excellente manière d’arriver à l’Éternité.

[1] HUGO Victor, Dernière Gerbe, LXXXIV, « L’Inconnu », 1902.

François Brousse
Entretien, Clamart, 25 avr. 1992, dans Revue BMP N°158 & 159, oct.-nov. 1997

Revenons à Victor Hugo. Je ne parlerai pas de ses œuvres de maturité, elles sont généralement appréciées à leur valeur. Tout le monde connaît Les Orientales, Les Feuilles d’automne, Les Chants du crépuscule, Les Voix intérieures, Les Rayons et les Ombres, Les Contemplations, L’Année terrible, L’Art d’être grand-père, Les Châtiments.

Mais les dernières œuvres de ce prodigieux génie sont presque oubliées, à tort, selon moi, car elles possèdent des poésies peut-être plus belles que les livres déjà nommés.

Je parlerai à part de La Légende des Siècles, de La Fin de Satan et de Dieu. Pour le moment étudions Les Quatre Vents de l’Esprit. Je considère ce poème comme un ouvrage de la plus grande inspiration et de la plus grande beauté. Emporté par mon admiration, j’écrivis en tête du volume, ces vers :

De mon âme d’enfant, j’ai fait les Fantaisies.

Que sont-elles, hélas !, près de tes poésies ?

Ô grand Victor Hugo !

Si le Christ demandait aux ténèbres inquiètes

Le nom auréolé du plus grand des poètes

Ton nom serait l’écho !

Ce recueil géant comprend quatre parties : le livre satyrique, le livre dramatique, le livre lyrique, le livre épique. […]

François Brousse
« La Poésie de Victor Hugo » (1928) dans Revue BMP N°226-230, oct.-déc. 2003 & janv.-févr. 2004 

Par-delà le temps et l’espace, rayonne la Beauté absolue dont la splendeur se réfléchit dans les trois plans de l’univers.

  • La sphère matérielle, où vit corporellement le poète, n’offre que l’aspect inférieur de cette aurore cosmique. Le vrai poète se hausse à la taille des mages. Son labeur emprisonne les reflets multiples de la Beauté divine, étincelles éparses sur le frisson riant des mers ou dans les yeux des étoiles. Mais ce manteau royal ne couvre que le monde matériel.
  • Au-delà, dans la sphère psychique, tourbillonnent en spirales d’hallucination les génies redoutables du rêve et les faces du subconscient. Nouveau domaine conquis par le poète.
  • Enfin, dans les hauteurs suprêmes, les Idées éternelles se meuvent comme des fantômes sereins à travers l’azur du Verbe. Elles attendent leur ami, l’inspiré, pour lui tendre la coupe où bouillonne la poésie.

Sentiment, Imagination, Intuition forment les trois ailes du Poète‑Mage, dont le vol ombrage la totalité des mondes.

François Brousse
Revue BMP N°103, sept. 1992

 

Le temple des Poètes a trois portes qui s’ouvrent avec les trois clefs de la Purification, de la Méditation, et de la Contemplation.

Purifier son âme des miasmes inférieurs, la soif de l’argent, la peur, la haine. Surtout la haine qui, actuellement, s’infiltre comme une chimie corrosive dans la carcasse du globe prêt à se dis­soudre. Si ce mécanisme satanique continue, l’humanité retournera au chaos. Le poète doit conserver un cœur pur comme l’astre du matin. Un grand esprit n’a jamais l’âme basse.

La deuxième porte qui s’ouvre dans un éclat d’or est celle de la Méditation. L’univers sans bornes offre ses tours de Babel aux assauts de la pensée ivre d’absolu. Pas de ténèbres qui ne puissent être dissipées par la torche de la recherche. Les questions pyramidales qui dominent l’homme inquiet : Vie, Âme, Réincarnation, Éternité, Infini, Dieu, veulent être affrontées corps à corps. Une méditation jour­nalière emplit l’âme de sereines profondeurs. Des idées géantes élargissent l’intelligence. L’exploration des bibles angéliques et des grands poèmes humains procure aux penseurs une nourriture d’immortalité. Ainsi se déploient, tourbillon brûlant, les ailes de la Raison indépendante, illuminatrice. Cela permet à notre individualité profonde de pleinement s’épanouir comme une fleur des gouffres. Bien entendu, l’homme soumis à cette haute discipline n’ira jamais se prosterner aux pieds d’une idole extérieure.

La troisième porte du merveilleux Temple est la contemplation. Elle nous introduit dans le jardin des joies exaltantes et des extases spirituelles. Un des plaisirs les plus aigus de l’âme est la vision de la Beauté. Ce rayon divin brille à travers les êtres depuis le scintillement des cristaux géométriques jusqu’à la fulgurance blanche des avions depuis le septuple pont de l’arc‑en‑ciel éblouissant jus­qu’aux prunelles de la femme amoureuse. Le poète doit s’immerger dans la beauté universelle comme un isis gor­gonide, plein de flammèches multicolores, dans l’aquarium illimité des mers. La torche parfaite étincelle aussi avec autant de riches grandeurs, dans le coeur des inspirés. Et ces inspirés ont laisse des œuvres, tableaux, statues, musiques, poèmes, où se trouvent, emprisonnées et frisson­nantes, les lueurs les plus vives de l’Au‑delà. En admirant un Rembrandt ou un Michel‑Ange, en écoutant du Beethoven, en lisant Shakespeare, l’homme communique avec la Vie Infinie. La Contemplation nous arrache aux lourdes ténèbres pour nous projeter dans la lumière des joies pures.

Une vie, triplement orchestrée par la Purification, la Méditation et la Contemplation, réveille les forces primi­tives, endormies comme de légendaires vieillards dans la caverne de notre être.

Elles se dressent avec leurs lyres aux cornes d’antilopes, dont l’harmonie fait bondir d’enthou­siasme les panthères. Le poète n’a plus qu’à prêter l’oreille au prodige intarissable. Le poète a dompté le monstre hen­nissant qui vole d’étoile en étoile. Le poète brandit dans sa main droite le glaive logique et dans sa main gauche le dia­mant intuitif, dont les intenses rayons se répercutent sur la lame.

François Brousse
Le Manifeste de la Quatrième Dimension, Vitrolles, Éd. de la Neuvième Licorne, 2008

La forme la plus haute du Magisme est l’inspiration prophétique.

Rien de comparable aux surhommes qui pénètrent dans les sombres cryptes de l’avenir. Le poète laisse aux Initiés le plaisir de dominer les éléments, depuis les crachements rouges de l’Etna jusqu’aux verts cyclones de l’Océan Indien. Le poète se contente d’entrevoir la sil­houette des monstres et des oiseaux futurs.

La même bouche énigmatique souffle sur les devins, les poètes et les prophètes. C’est le Feu Vivant dont parle Zoroastre. C’est le Verbe dont parle saint Jean. C’est le plan Surmental dont parle Blavatsky. La silencieuse force divine flamboie à la frontière de l’esprit humain.

Tous les grands Inspirés ont les lèvres touchées par le charbon brûlant de l’archange.

Un rapide regard sur l’his­toire européenne peut suffire pour se pénétrer de cette vérité féconde. Dante voit, à travers la Terre, la Croix du Sud qui brille au firmament austral. Paracelse dessine la mort des fleurs de lys sur un arbre desséché, puis une cou­ronne qui se brise sous le choc de la meule populaire. Hugo proclame, entre deux prédictions, la chute du pou­voir temporel des papes, l’écroulement du Second Empire, la destruction du Tsarisme, la Grande Guerre, la lutte de l’Adam slave contre l’Adam germain…

Mais tous ne sont pas obligés d’atteindre ces altitudes démesurées. Ils peuvent se brancher simplement au monde astral, à cette extraordinaire électricité cosmique qui fulgu­re dans les rêves, les transes et les visions. Alors la flamme surhumaine traverse les mortels, les fait resplendir comme des étoiles.

Pour mériter ce nectar, il faut que l’homme s’astreigne à des travaux héroïques. Les épreuves initiatiques ne sont pas uniquement la parure de l’Antiquité, elles ont une résonance intemporelle, mais ces épreuves se déroulent dans les temples intérieurs de l’âme, et non dans des cryptes de pierre.

François Brousse
Le Manifeste de la Quatrième Dimension, Vitrolles, Éd. de la Neuvième Licorne, 2008

Pour Platon, il y a plusieurs ivresses il y a plusieurs folies et notamment la folie apollonienne qui nous donne l’illumination par la poésie, la folie dionysiaque qui nous donne l’illumination par ce que l’on pourrait appeler la clairvoyance.

François Brousse

Commentaires sur les Proverbes de Salomon – t. I, Clamart, éd. La Licorne Ailée, 2015, p. 227

Science et poésie

C’est à nous de prendre dans nos mains la destinée de la Terre et de la transformer suivant les modèles de la Beauté, de la Sagesse, de l’Amour, de la Puissance et de la Joie.

Mais la science ignore à la fois l’Amour, la Beauté et la Joie. Anatole France avait écrit une pensée fort jolie. Il disait :

Ce n’est pas la science impassible et marmoréenne qui console les hommes, c’est la poésie qui, dans ses élans les plus hauts, se dresse comme le phare bienfaisant de l’humanité.

Anatole France a parfaitement raison. En sa qualité d’artiste intuitif, il a saisi la lumière essentielle.

François Brousse
Le Livre des révélations, t. 2, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1992, p. 80

PS – François Brousse a fait appel de mémoire à cette citation lors d’une conférence. La citation exacte est : « La science ne se soucie ni de plaire ni de déplaire. Elle est inhumaine. Ce n’est point elle, c’est la poésie qui charme et qui console. C’est pourquoi la poésie est plus nécessaire que la science. » dans FRANCE Anatole, Balthasar, Paris, Calmann-Lévy, 1889

La poésie est une amie

Est-ce qu’un malheureux dont le cœur saigne de douleur ne se sent pas le besoin de conter sa misère à un ami ? Et pour un rêveur, quelle poitrine est plus secourable avec celle de son idéal, de la poésie ?

Pour un savant la lutte contre les fléaux, les humains à secourir – ce qui est également une poésie non moins grande que la première – absorberont ses forces intellectuelles.

Le poète, lui, se jette entier dans son gouffre sublime et, parmi le silence de l’inspiration désespérée, enfante une création lumineuse et hagarde, un archange en pleurs qu’il porte le plus longtemps possible dans les entrailles pour le parachever et qu’il ne libère qu’avec une forme éternelle.

François Brousse
« Sur Victor Hugo » dans Revue BMP N°325, oct. 2012

Musique et poésie

D’après les occultistes du Moyen Âge, la musique et la poésie nous mettent en communication avec les invisibles génies de la nature.

Ils se mêlent à nous, amalgament notre être à leur essence, nous font participer à leur structure divine.

C’est pourquoi le rythme fait chanter en nous une profusion d’émotions exaltantes. Il transcende les bornes humaines, nous jette dans la grande étreinte cosmique, vide dans notre crâne fini l’Infini vivant.

François Brousse
Revue BMP N°102, juillet 1992

Quand j’étais enfant, mon père m’avait demandé :
– Qu’est-ce que tu veux créer ?

Je lui avais répondu :
– La Poésie Aurorienne.

Il m’a dit :
– C’est extrêmement ambitieux, car tu penses que l’Aurore n’existe que depuis ta Poésie ?

Et je lui ai dit que l’Aurore est toujours renouvelée, qu’elle se renouvelle encore et encore.

Il m’a dit que j’avais raison et qu’il m’adorerait du fond des abîmes quand il aurait pénétré l’infini, l’absolu et l’éternel.

François Brousse
Anniversaire, 7 mai 1995, Revue BMP N°198-202, mars-juill. 2001

C’est l’art qui nous permet de transcender la vie, l’art créateur dont la plus haute forme est, à mon avis, la poésie.

Pour certains, cela peut être la danse et pour d’autres, la peinture. Cela nous est égal !

L’essentiel étant d’arriver à ce qui dure toujours et qui ne meurt jamais, c’est-à-dire l’infini, l’absolu et l’éternité. 

François Brousse

Entretien, Clamart, 16 mars 1994 

Extrait

Que pensez vous de la poésie surréaliste ?
Elle est admirable en ce sens qu’elle est en dehors du réalisme. Mais le grand maître de la poésie surréaliste est avant tout André Breton si je ne me trompe. Il est arrivé à ceci qu’il a dépassé et de beaucoup les petitesses du surréalisme. Le surréalisme, cela peut être par exemple : je pose mon pied au milieu d’une flaque d’eau et j’ai immédiatement une sensation. Cette sensation nouvelle, inattendue, ferait partie d’une poésie, d’accord ! Mais si je pose mon pied au milieu d’un océan d’astres, j’ai également une autre sensation et cette sensation est peut‑être bien plus vaste et bien plus profonde. Le surréalisme commence un peu naïvement par le dadaïsme et il finit splendidement par la contemplation des cieux étoilés. Je crois que Breton a commencé effectivement cette évolution, il n’est pas allé jusqu’au bout, mais il n’en était pas très loin. C’est quand même un très grand poète et il aurait pu, je crois, arriver à être le poète essentiel de l’illimité et de l’infini.

François Brousse

Entretien, Clamart, 23 nov. 1991, dans Revue BMP N°176-177, mai-juin 1999

 

Jéhovah est vieillissant, Jésus touche à son déclin, Allah commence à sentir les neiges de l’hiver.

Par‑delà les religions moribondes, l’Art, la Poésie, la Métaphysique, nous ouvrent les portes de Dieu.

François Brousse

« Quatre initiés à l’aube de la deuxième guerre mondiale (II/II) » dans Revue BMP N°22, avr. 1985

La poésie est comme un lac perdu au milieu des montagnes, dans lequel on fait des pêches miraculeuses, toutes ruisselantes d’inattendu.

Les grands poètes, même ceux qui se complaisent avant tout aux constructions de marbre et de clarté, ont un côté mystérieux qui regarde l’infini.

François Brousse

« La vie des morts » dans Revue BMP N°233-234, mai-juin 2004

Que voulez-vous que je fasse d’individus qui ne s’intéressent ni à la poésie ni à la métaphysique ni à l’amour ni à la sagesse ni à la beauté, qui ne s’intéressent uniquement qu’au désir de manger de la viande et au sport, au Mondial par exemple ?

Franchement ! Comment voulez-vous qu’il en sorte quelque chose de bien ? Mais cela peut arriver, tout est
possible !

François Brousse
Entretien, 28 juin 1990,
dans Revue BMP N°245-246, juin-juill. 2005  

POÈTES

Les poètes ont tous les droits !

De l’univers ils forgent l’axe

Et même l’austère syntaxe

S’incline devant ces grands rois.

 

Le fantastique palefroi

Admet leur délire fantasque

Les paladins ôtent leur masque,

Les églises portent leur croix

 

Ils sont la liberté sauvage

Leur mer ignore les rivages

Ils dépassent l’illimité.

 

Mais ils se prosternent quand même

Devant la lumière suprême

De l’impossible éternité.

27 décembre 1993

François Brousse

Rencontre avec l’Être, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 1995, p. 120

La poésie est l’art suprême, car elle contient tout.

Elle contient l’architecture, elle contient la peinture, elle contient la musique, elle contient la danse. Tous les arts sont contenus dans la poésie, art suprême par excellence.  

François Brousse

Entretien, 28 juillet 1990 

L’HOMME-DIEU

Pieds sanglants, gravissez les degrés d’or des mondes,
Coeurs pleins de sanglots, battez en d’autres seins.
Leconte de Lisle.

Sur la croix sépulcrale et morne où, dès l’aurore,
Les obscènes démons de l’ombre le dévorent,
Tordant ses membres, dans l’angoisse et le frisson,
L’homme divin se dresse au sinistre horizon.

Le formidable ciel veut l’écraser ; les chênes
Blasphèment à l’entour de ses pieds nus ; les vents
Le flagellent ; les rocs pleins d’horribles vivants
Le huent ; et contre lui les soleils se déchaînent !

Le scorpion rampant sur sa cuisse le mord,
Des rats ont fait leur nid dans sa rouge poitrine,
Il tourne ses yeux las vers la tardive mort,
Mais il sourit, sachant combien tu l’illumines,

Poésie ! ô Dictame des cœurs qui souffrent,
Lampe inaltérable éclose dans les gouffres… !

François Brousse
Revue BMP N°39, oct. 1986

La haute inspiration vient évidemment de l’esprit et non de la forme.

S’enfermer dans un idéal typographique semble trop étroit. On peut écrire en vers ou en prose rythmée, ou suivant un moule quelconque. Le poète est l’empereur des figures, il n’est pas leur esclave.

Ses mains jonglent avec les cubes, dont il tire des fantasmagories comme le Démiurge jongle avec les planètes. Les alexandrins, entre les mains d’un inspiré, peuvent devenir de profonds ruissellements de merveilles, tandis que la prose rythmée, en dépit de sa prodigieuse souplesse, se transformera, entre les mains d’un ignare, en lourd nasillement d’onagre.

« L’eau qu’ils boivent leur sort du nez en chants d’égli­se », comme dit Hugo.

Donc, l’artiste et le poète sont libres d’employer à leur choix toute la gamme des formes, depuis l’orgue roman­tique jusqu’au saxophone surréaliste.

Qu’importent ces éti­quettes ? Pourvu qu’une effrayante harmonie s’élève et que cette harmonie soit l’écho du chant des superastres qui rou­lent dans l’hyperespace.

François Brousse
Le Manifeste de la Quatrième Dimension, Vitrolles, Éd. de la Neuvième Licorne, 2008

 

C’est une trinité : il y a les initiations, la poésie et l’enseignement métaphysique.

Il faut que les trois soient développés en même temps pour atteindre à l’Illumination intérieure. D’abord une illumination intérieure passagère, qui ensuite aboutira, dans les vies successives, à l’Illumination permanente.

François Brousse

Entretien, Clamart, 14 déc. 1991, dans BMP N°176-177, mai-juin 1999

 

L’imagination est la déesse Aurore. Elle ouvre les portes de la sagesse resplendissante.

L’homme dépourvu d’imagination ne peut accéder aux plans supérieurs. Elle seule sonde les profondeurs de Dieu.

C’est pourquoi la poésie mène directement à la clairvoyance, à la prophétie, à l’universelle conscience.

Heureux les artistes ! S’ils savaient dompter Pégase, ils s’empareraient de l’infini.

 

François Brousse
« Pensée divine » dans Manuscrit B07C19_TextesPenseesPoesie_1963_1964

ASPIRATION

Par ta torche céleste, ô Dieu, tu m’as brûlé !
Mon esprit, dans le feu, goûta l’intelligence.
Ton mystère de gloire éternelle s’élance
Comme un griffon géant dans le gouffre étoilé.

Ton souffle a descellé ma bouche d’acier noir
Pour en faire jaillir les hymnes de la force,
Ô Roi des majestés, tu plaças dans mon torse,
Comme une lampe bleue les trésors de l’espoir !

Quel astre, quel soleil, quel archange de flamme
Pourrait sans vaciller se tenir devant Toi ?
Tu regardes, rêveur, dans la fumée des toits
Les planètes périr sous les replis de l’âme.

Je monte vers ton cœur comme un parfum errant,
Comme un élan d’oiseaux, comme une flèche folle,
Ouvre, ô prince des dieux, ton palais de corolles,
De nids et de points d’or aux pas de ton enfant.

François Brousse
Vers l’Ailleurs
, Clamart, Éd. La Licorne Ailée, 2005

MONTONS

Les bondissants dauphins
Se tiennent aux confins
De l’homme et de la bête.

L’artiste rossignol
Mélange son envol
Aux rimes du poète.

Le mage du Thabor
Médite sur le bord
De l’homme et du surhomme.

Dans des millions d’années
Les vipères damnées
Apporteront des baumes.

Ne perds donc pas l’espoir
Malgré l’horreur des soirs
L’aube en pleurs nous pénètre.

Tu deviendras enfin
L’éclatant séraphin
Adombré par le Maître.

9 novembre 1992

François Brousse
Le Frisson de l’aurore, Clamart, Éd. la Licorne Ailée, 1993, p. 289

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